Le blog des éditions Libertalia

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Cinq ans de métro dans Longueur d’ondes

lundi 24 septembre 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Dans Longueur d’ondes, été 2018.

Comme des millions de personnes, Fred Alpi a pris le métro parisien. Seule différence, il avait sa guitare en bandoulière, puisqu’il a été musicien dans le métro pendant cinq ans. Une tentative d’échapper à une vie de salariat, expérience qui a donné à cet ouvrage. Écrit à la première personne, sans véritable enjeu dramatique et un soupçon décousu, ce roman a tout du récit d’apprentissage. Un écrit qui a le mérite de remettre quelques idées à leur place. Non, les musiciens du métro ne sont pas en voie de clochardisation. Dans le cas de Fred, cela a même marqué la première étape, initiatique, d’un parcours artistique qui a fait de lui le chanteur/guitariste du groupe rock The Angry Cats. Mais au-delà, bien vite, le récit s’échappe loin de la musique et offre une vision sur le monde et la société, profitant d’un point de vue privilégié sur cet espace de mixité sociale qu’est le métro, apportant une dimension politique à l’ouvrage, ancrée à gauche, impossible à occulter.

Régis Gaudin

Blues et féminisme noir dans Silence

lundi 24 septembre 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Dans Silence (été 2018).

Dans Blues et féminisme noir, Angela Davis s’intéresse à l’héritage du blues dans l’élaboration de la conscience féminine noire. À travers les portraits de trois chanteuses de Blues, Ma Rainey, Bessie Smith et Billie Holiday, premières rock-stars de la musique enregistrée, l’auteure met en évidence des traditions méconnues d’une conscience féministe propre à la classe ouvrière noire américaine.

Pour qui ne s’en souvient plus, Angela Davis occupe une place centrale dans l’histoire des luttes sociales et du combat anticapitaliste en particulier.
Elle est née en 1944 en Alabama et devient militante révolutionnaire dans les années 1960. Membre du Black Panther Party, elle est inscrite sur la liste des personnes les plus recherchées par le FBI et sera emprisonnée en 1970.
Condamnée à mort en 1972, elle sera libérée à la suite d’une très forte mobilisation internationale. Elle mène depuis une carrière universitaire et dirige le département d’études féministes de l’Université de Californie où elle réside. Ses travaux, marqués par la Théorie critique de l’École de Francfort et par son bagage d’activiste, tournent principalement autour des questions de genre, de la place des Noirs aux États-Unis et du système carcéral. Ses ouvrages les plus connus sont S’ils frappent à la porte à l’aube (Éditions sociales, 1971), Femmes, race et classe (Des femmes, 1983) et Autobiographie (Albin Michel, 1975) et celui-ci, initialement paru en 1998.

Son travail s’inscrit dans une tradition intellectuelle méconnue, celle de la première génération de l’école de Francfort, appelée aussi, la Théorie critique. Celle-ci propose d’analyser la société et sa littérature à partir des connaissances développées par les sciences humaines. « Une pensée à gauche toute, hétérodoxe et pluridisciplinaire, qui naquit sous l’impulsion
d’intellectuels juifs allemands au lendemain de la révolution russe et à la veille de la montée du nazisme. Ses représentants les plus connus sont Horkheimer, Fromm, Benjamin, Adorno et Marcuse » écrit Julien Bordier, qui signe la « Note du traducteur ».
C’est avec cette méthodologie qu’Angela Davis s’attaque à la retranscription des 252 titres enregistrés par Ma Rainey et Bessie Smith. Elle examine rigoureusement l’ensemble des thèmes abordés dans ces chansons, en les replaçant dans le contexte historique et économique des années 1920 à 1940. Le crible fourni par Davis nous permet de toucher au plus près la vie de ces chanteuses de blues. Et le contexte n’est guère riant : inégalités sociales criantes, racisme omniprésent et domination masculine généralisée.

Émanations de la classe laborieuse féminine noire, ces blues participent à la politisation de faits qui relevaient jusque-là de la sphère privée et domestique. Angela Davis rappelle que la répartition du travail dans l’Amérique de cette époque entre femmes noires et blanches découle d’une structure établie dès le début de l’esclavage. Pour les femmes noires, le travail forcé éclipsait tous les autres aspects de leur vie. C’est donc à travers leur rôle de travailleuses qu’il faut appréhender leur histoire. Si l’apogée des blueswomen se réduit à une période relativement courte, ces femmes réussirent néanmoins à créer un nombre considérable de chansons et à laisser un riche héritage culturel. Le blues classique est en effet un élément important dans l’élaboration de la conscience sociale dans la classe populaire noire, les chansons de Gertrude Ma Rainey, de Bessie Smith et de Billie Holiday sont un prélude historique annonçant la contestation sociale à venir.

Car les blues de ces dames ne parlent pas seulement d’amours perdus ou triomphants, mais également de prison, d’expulsions de locataires, de crues du Mississippi, du dur labeur des blanchisseuses. En abordant également les thèmes classique du blues, telles que les relations extraconjugales ou la violence domestique, en mettant en avant leur bisexualité, elles bravaient
l’autorité et le caractère machiste de l’église noire, en même temps qu’elles contestaient l’idée d’une limitation de la place des femmes à la sphère domestique. Refusant une hiérarchie des dominations, elles dénonçaient sur un même plan racisme et sexisme, domination dans l’espace public et privé. En cela l’auteure souligne qu’il est vain de hiérarchiser les luttes et son point de vue rappelle l’urgence de développer une perspective critique vis-à-vis des identités pour ne pas oublier de garder une vision globale des luttes à mener de front.

Ce livre est divisé en 8 chapitres : 1/ idéologie, sexualité, vie domestique, 2/ rivales, petites amies et conseillères, 3/ thématiques du voyage dans le blues des femmes, 4/ Bessie Smith, Gertrude Ma Rainey et les politiques de la contestation blues, 5/ spiritualité et conscience de soi, 6/ le blues et l’esthétique noire, 7/ la question sociale dans les chansons d’amour de Billie Holiday, 8/ musique et conscience sociale.

La réédition par les Éditions Libertalia en 2017, avec un travail remarquable de Julien Bordier qui a eu la lourde tâche de traduire les chansons en français, offre l’avantage d’être accompagnée d’une compilation de blues de Ma Rainey de Bessie Smith, pas de Billie Holiday.

Pascal Martin

Plus vivants que jamais dans Pages de gauche

lundi 24 septembre 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Dans Pages de gauche, été 2018.

Enfin, pour celles et ceux qui n’auraient pas le temps ou l’envie de se plonger dans des études historiques, Plus vivants que jamais de Pierre Peuchmaurd semble tout indiqué : ce court témoignage, rédigé à chaud pendant l’été 68 et réédité pour la première fois, donne à vivre les événements au jour le jour à travers les yeux de l’auteur, jeune poète révolutionnaire pris dans le tourbillon politique de l’agitation parisienne. Son fiévreux « journal des barricades » donne à sentir comment l’histoire pouvait alors sembler s’accélérer, ouvrant tous les possibles dans cette « ville paralysée et plus vivante que jamais », même si remplie par « l’odeur des lacrymogènes, cette odeur de pomme qui aurait trahi ».

Antoine Chollet Gabriel Sidler

Antisionisme = antisémitisme ? dans L’Anticapitaliste

lundi 24 septembre 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Paru dans L’Anticapitaliste, 7 juin 2018.

Comme son sous-titre l’indique, ce petit ouvrage est une réponse à Emmanuel Macron qui, non content d’inviter Benyamin Netanyahou, chef du gouvernement de l’État d’Israël, à la commémoration du Vél d’Hiv’ en juillet dernier avait, dans son discours, tiré un trait d’égalité entre antisionisme et antisémitisme.

Sionisme, antisionisme
Écrit avec talent, concision et beaucoup de pédagogie, ce livre revient sur l’histoire du judaïsme puis du sionisme, en insistant sur les contradictions historiques et religieuses au sein même de cette idéologie colonialiste et expansionniste.
De Maxime Rodinson, orientaliste marxiste, à Michel Warchawski, militant israélien de la cause antisioniste, aux historiens et sociologues postsionistes comme Ilan Halevi ou Shlomo Sand, Dominique Vidal déconstruit les velléités de beaucoup, dont le CRIF, d’englober dans un même concept accusateur l’antisionisme et l’antisémitisme.
En puisant dans l’histoire de la judéophopie puis de l’antisémitisme, des croisades aux pogroms dans la Russie des tsars en passant par l’expulsion des juifs d’Espagne et du Portugal jusqu’à la tragique « solution » génocidaire de la Shoah, Dominique Vidal démontre que la haine du juif s’est développée d’abord et avant tout en Europe, y compris dans le cadre d’un antisémitisme d’État.
De la même manière, il démontre, chiffres et exemples à l’appui, que seule une infime minorité de la diaspora juive a adhéré au projet sioniste. Nombre de courants religieux ou politiques (communistes, bundistes) d’origine juive s’opposèrent très tôt à l’idéologie sioniste et à son premier congrès mondial…

Le droit inaliénable de critiquer Israël
Dominique Vidal revient sur la situation faite aux Palestiniens, et aux conséquences de ce « conflit » asymétrique dans le monde, en particulier en France où les tenants du sionisme et du grand Israël ne cessent de stigmatiser les antisionistes et les défenseurs de la cause palestinienne au motif que toute critique et action contre la politique de colonisation guerrière d’Israël serait une attaque contre le peuple juif
Ce qui n’empêche pas Vidal de s’interroger, et d’interroger ses lecteurEs, sur une renaissance de l’antisémitisme, voire selon certains médias d’un « antisémitisme musulman » porté par les crimes horribles des djihadistes au cours des dernières années. Crimes qui alimentent à la fois le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie.
À la fois instructif et dynamique, l’ouvrage nous conduit aussi à réfléchir au sujet de l’État d’Israël et de sa politique inflexible de colonisation, d’agression à l’égard du peuple palestinien, vers un projet d’annexion de l’ensemble de la Palestine, remettant en cause l’idée des deux États sur ce territoire. Cette annexion, souhaitée par l’extrême droite israélienne (avec la quasi-bénédiction de Trump), en revient en effet à poser sur la scène internationale le perspective d’un seul État…
Mais celui-ci sera-t-il, comme le souhaitait le Matzpen (organisation socialiste et révolutionnaire israélienne) dans les années 1960, démocratique, laïque et socialiste, ou sera-t-il une nouvelle monstruosité inégalitaire baignant dans l’apartheid raciste et confessionnel ?
Paru à point nommé, ce livre d’à peine 120 pages pour 8 euros s’essaie avec justesse à bien nommer l’objet de son étude, pour poursuivre la réflexion et l’action.

Thomas Delmonte

Le Grand Soir dans Le Combat syndicaliste

lundi 24 septembre 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Paru dans Le Combat syndicaliste, été 2017.

Mythe, utopie, révolution.

Aurélie Carrier retrace ici l’apparition et les débuts de l’image du Grand Soir – c’est-à-dire l’avènement du bouleversement révolutionnaire. L’idée, vécue comme une rupture soudaine et radicale avec l’ordre établi amenant vers l’avenir radieux du socialisme, avait notamment pour précédent… le Grand Jour biblique. On le retrouve débarrassé des scories religieuses à la fin du XIXe siècle, lors du procès des revendications explosives des mineurs de Montceau-les-Mines – qui eut lieu à Lyon en 1882. Et l’expression va faire florès, dans les rangs ouvriers, mais aussi dans ceux de la presse bourgeoise et autres défenseurs de l’ordre établi. Aurélie Carrier détaille notamment, récit haletant, les mois, semaines et jours qui précèdent le 1er mai 1906 à Paris et la grève générale annoncée comme l’acte clé de la bataille des 8 heures, menée par la CGT, et où la mythologie du Grand Soir est à pied d’œuvre. Malgré ce passif libertaire et syndicaliste révolutionnaire, la prise du Palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg par les bolcheviques en octobre 1917 brouillera les esprits, jusqu’à aujourd’hui : non, le Grand Soir n’est pas synonyme de prise du lieu où s’exerce le pouvoir et n’a pas non plus été créé par les marxistes-léninistes. Au-delà de cette réhabilitation historique de la paternité de l’expression, c’est en somme le rôle de l’imaginaire révolutionnaire qui est ici pointé du doigt. Pourquoi l’homme a-t-il besoin de mythes ? Question anthropologique tout autant que politique… Aujourd’hui, force est de constater que l’imaginaire du capitalisme industriel règne et a conquis la masse des gens et de leurs esprits : Game of Throne, Playstation, Youtube, télé-réalité, grande distribution, Canal +, RMC, Fifa, Uber… et des petites phrases comme celle d’Emmanuel Macron, prononcées alors qu’il était ministre de l’Économie du gouvernement Hollande : « Il faut des success-stories, car elles créent un fort effet d’entraînement. […] Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires. » De fait, bourrer le crâne des gens avec des représentations qui vont dans le sens du système capitaliste, occuper le terrain pour être sûrs qu’ils n’aillent pas voir ailleurs, reste la meilleure façon de perpétuer l’exploitation, l’enrichissement, la compétition, l’individualisme et tutti quanti. Alors, que serait un imaginaire de l’émancipation ? Un Grand Soir d’aujourd’hui ? Loin de toute représentation messianique et millénariste, ne nous manque-t-il pas une projection autonome propre à notre classe ? Quid du communisme libertaire, si nous n’en forgeons aucune image ?

Bastien (SIPMCS)

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