Le blog des éditions Libertalia

Avec tous tes frères étrangers dans L’Anticapitaliste

mardi 5 mars 2024 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans L’Anticapitaliste, le 29 février 2024.

Alors que tout le monde connaît désormais Missak et Mélinée Manouchian après leur panthéonisation le 21 février 2024, beaucoup moins de personnes connaissent l’histoire de la MOE (main-d’œuvre étrangère) qui deviendra la MOI (main-d’œuvre immigrée) puis FTP-MOI.

Unir les prolétaires de tous les pays
Après la boucherie de la Première Guerre mondiale qui a causé la mort de plus d’un million d’hommes, jeunes pour la plupart, ainsi que des milliers d’invalides, la France a besoin de main-d’œuvre pour faire tourner les usines et reconstruire le pays. L’État fait appel à des immigré·es qui arrivent de toute l’Europe fuyant le fascisme, pogroms et génocide, régimes autoritaires mais aussi la famine. La CGTU dans un premier temps, puis le PCF, aident et organisent cette main-d’œuvre étrangère (MOE) pour unir les prolétaires de tous les pays et lutter contre la xénophobie ambiante. C’est d’ailleurs pour cette raison que le PCF souhaite substituer le terme « immigrée » à « étrangère » jugé moins connoté à l’époque, MOE devenant alors MOI.
Dimitri Manessis et Jean Vigreux reviennent sur l’organisation dès 1920 de ces immigré·es italiens, polonais, arméniens, espagnols qui pour certains intègreront en 1942 les FTP (Francs-tireurs et partisans) pour conduire des groupes de guérilla urbaine (assassinats de responsables nazis et de collabos, pose de bombes, déraillement de trains…) un peu partout en France et lutter contre l’occupant nazi.

Une force essentielle dans la Résistance
C’est un livre passionnant qui s’appuie sur de nombreuses sources et archives (du PCF, de la police, avec l’accès désormais possible à celles du Komintern…) et qui montre à quel point les travailleur·ses immigré·es ont été une force essentielle dans la Résistance et qu’en plus des 23 martyrs du groupe Manouchian-Boczov fusillés le 21 février 1944 au Mont-Valérien, ils et elles sont nombreux à avoir été traqués, torturés, déportés, guillotinés ou fusillés.
Il est très utile de raconter cette histoire surtout en ces temps de montée de racisme et de xénophobie, parce que « résister se conjugue toujours au présent », comme le disait Lucie Aubrac citée dans les dernières pages du livre.

À lire aussi leur précédent livre sur Rino Della Negra, jeune footballeur du Red Star qui intégra les FTP-MOI du groupe de Manouchian : Rino Della Negra, footballeur et partisan, toujours aux éditions Libertalia.

B. W.

Rino Della Negra, footballeur et partisan sur Diacritik

mardi 5 mars 2024 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié sur Diacritik, le 28 février 2024.

Au stade Bauer, à Saint-Ouen, une tribune porte son nom. Et ce chant des supporters du Red Star :« Nous sommes les Red Star fans / 
On vient de la banlieue rouge / 
Et la Rino s’enflamme /
Toujours pour l’Étoile rouge »

Mais qui est Rino Della Negra ? Qui était-il ?
Un jeune ouvrier immigré, footballeur et antifasciste, rayonnant de vie d’après tous les témoignages, qui choisit de combattre au sein des FTP-MOI jusqu’au Mont-Valérien, où il fut fusillé par les nazis à l’âge de 20 ans, avec ses camarades du « groupe Manouchian ».
Rino Della Negra est né le 18 août 1923 à Vimy, dans le Pas-de-Calais. Son père et sa mère, ouvriers, sont originaires du Frioul. En 1926, la famille s’installe à Argenteuil, dans le quartier Mazagran, le quartier « italien ». Bon élève, il quitte l’école élémentaire avec le certificat d’études. Puis, à 14 ans, il travaille, comme ajusteur, aux usines Chausson d’Asnières. En 1938, il obtient la naturalisation française, que sa famille a demandée.
« Mazagrande », comme est appelé le quartier Mazagran, c’est une « petite Italie » au cœur d’Argenteuil, c’est aussi un lieu de politisation, un lieu de combat social et antifasciste. C’est ainsi que des amis de Rino rejoignent en 1938 les Brigades internationales en Espagne, il les retrouvera plus tard dans la Résistance.
Dès 1938, Rino est un espoir, surdoué, du football. Il pratique aussi l’athlétisme. Sa vitesse, onze secondes au 100 mètres, est exceptionnelle : « Quand il avait la balle, les mecs ne le rattrapaient jamais », se souvient un ancien de l’équipe du Red Star. Il joue à Argenteuil. Le Red Star de Saint-Ouen le recrute au début de la saison 1943-1944.
Rino est réfractaire au Service du travail obligatoire (STO) et c’est avec de faux papiers qu’il continue à s’entraîner, à jouer et à voir sa famille. Il rejoint les FTP d’Argenteuil en février 1943, puis le 3e détachement italien des FTP-MOI de la région parisienne, commandé par Missak Manouchian.
Il participe au moins à 15 actions armées entre mai et novembre 1943, dont l’exécution du général Von Apt le 7 juin, l’attaque du siège central du parti fasciste italien le 10, celle de la caserne Guynemer à Rueil-Malmaison le 23 juin. Le 12 novembre, il est grièvement blessé et arrêté lors de l’attaque d’un convoyeur de fonds allemand rue Lafayette. À la suite d’une longue traque de la police française, les combattants du « groupe Manouchian » vont être arrêtés ce même mois de Novembre.
Avant d’être fusillé, Rino envoie deux lettres à sa famille.

Une à son frère :
« Petit frère,
Tu es fort et robuste et je te sais courageux c’est pourquoi je ne veux pas de larmes, t’as compris, hein mon vieux. Embrasse bien fort tous ceux que je connaissais. Tu iras au Club O. Argenteuil et embrasse tous les sportifs du plus petit au plus grand. Envoie le bonjour et l’adieu à tout le Red Star. Embrasse bien Yiyi quand il reviendra et Dédé Crouin. Va chez Toni et faites un banquet. Et prenez tous une cuite en pensant à moi. »

Une à ses parents :
« Chers parents,
Ces deux lignes pour vous dire que je suis condamné à une peine très forte. Je regrette beaucoup de ne jamais vous avoir dit ce que je faisais, mais il le fallait. Faites comme si j’étais au front, soyez tous aussi courageux que moi. Enfin j’embrasse tout Argenteuil du commencement à la fin. Votre fils chéri et qui vous a aimé jusqu’à la dernière minute de sa vie. »

L’aumônier catholique allemand Franz Stock, qui accompagna plus de 1 000 fusillés, écrit sur son carnet, à la date du 21 février 1944, que Missak Manouchian et ses camarades ont crié dans le fourgon qui les amenait à la mort : « Vive le peuple allemand, à bas les nazis ! Nous aimons la musique allemande, nous sommes soldats, œuvrons pour l’Allemagne. La guerre ne va pas durer plus de quatre mois. » Rino Della Negra tombe lors du deuxième peloton d’exécution.
À Saint-Ouen, le stade Bauer (le docteur Jean-Claude Bauer, résistant communiste fusillé par les nazis) « s’enflamme toujours pour l’Étoile rouge », le nom de Rino résonne à chaque match. En 2014, soixante-dix ans après son exécution, une immense bâche recouvre la tribune qui lui est dédiée, avec son portrait accompagné du mot d’ordre « Bauer Résistance ». « Bauer / Rino / Résistance ! » clament les supporters, et sur l’air de Bella Ciao ils entonnent un chant en l’honneur du Red Star.

Mutineries sur En attendant Nadeau

mardi 5 mars 2024 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié sur En attendant Nadeau, le 27 janvier 2024.

Sous les planches aussi, la plage

Pour une partie des chercheurs en histoire sociale, héritiers d’Eric Hobsbawm (1917-2012) ou d’Edward P. Thompson (1924-1993), qui s’interrogent sur le « banditisme social » et pratiquent une « histoire vue d’en bas », les gens de mer et les sociétés littorales ont constitué un observatoire privilégié de l’exploitation féroce subie par un prolétariat flottant international. Constitué de marins recrutés ou raflés dans les ports et par ses satellites immédiats, soldats et esclaves affranchis ou pas, ouvriers des arsenaux, il prend son essor avec la première mondialisation maritime et l’ouverture atlantique des grandes puissances européennes au XVIIe et au XVIIIe siècle. Rançon de conditions de vie particulièrement difficiles, les désertions et les mutineries sont fréquentes, quand les révoltés ne vont pas jusqu’à basculer dans la piraterie. Les analyses de Peter Linebaugh et de Marcus Rediker (L’Hydre aux milles têtes. L’histoire cachée de l’Atlantique révolutionnaire, Amsterdam, 2001 ; Les Forçats de la mer, Libertalia, 2010) font de ce prolétariat atlantique, polyglotte et hétéroclite, le creuset d’une classe révolutionnaire supranationale, habitée par des aspirations émancipatrices comme par une exigence de démocratie radicale, apte à canaliser les résistances populaires contre les effets du capitalisme marchand.

Niklas Frykman, universitaire américain en poste à Pittsburg, s’inscrit clairement dans cette veine interprétative. Son ouvrage s’intéresse aux mutineries qui surviennent dans les marines française, hollandaise et britannique au cours de la période 1789-1802. Le nombre de ces rébellions – plus de cent cinquante –, les effectifs impliqués – jusqu’à 40 000 marins –, la simultanéité des révoltes et leur contagiosité auprès des populations des villes portuaires, permettraient de voir dans ces mouvements, par-delà leur singularité, une même vague révolutionnaire. Elle serait alimentée tant par des formes de solidarité populaire ancestrales, par l’héritage de cultures politiques spécifiques – celui des revendications radicales formulées lors de la première révolution d’Angleterre par exemple –, que par les opportunités de politisation que la Révolution française favorise. Les révoltes massives que connaît la Navy en 1797, en particulier celle qui survient dans l’estuaire de la Tamise, illustreraient ainsi l’émergence d’une Floatting Republic, pour une part inspirée par les agitations d’outre-Manche. Dans l’escadre du Nore, où flotte le drapeau rouge, les équipages désignent des comités et élisent des délégués chargés de les représenter et de rédiger leurs doléances, subvertissant l’ordre hiérarchique habituel et les formes du gouvernement des navires.

Vincent Milliot

Armand Gatti, théâtre-utopie dans L’Humanité

mercredi 28 février 2024 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans L’Humanité du 26 février 2024.

Les 100 ans de Gatti et la suite

2024 est l’année du centenaire de la naissance de Dante Sauveur (dit Armand) Gatti (1924-2017). Elle sera marquée par de multiples manifestations de reconnaissance ; expositions, édition, théâtre, cinéma, à La Seyne-sur-Mer, Liège (Belgique), Toulouse, Montreuil, qui fut son port d’attache final.

Pour l’occasion, Ernest Pignon-Ernest a exécuté de lui un portrait dessiné criant de vérité, tandis qu’Olivier Neveux publie un livre magistral, Armand Gatti, théâtre-utopie. Il y ressuscite l’homme en son entier et analyse le massif colossal de son œuvre. C’est écrit dans l’élan de l’amitié vive, au fil d’une réflexion sans merci sur la parole (« errante » pour sûr) d’un être en mouvement perpétuel, doté du goût de l’absolu, qui dans sa démesure « a tenté de révolutionner les rapports qu’entretiennent la scène et la politique ».

Olivier Neveux s’avance suivant une pensée en bonds alternatifs, nourrie d’une vaste culture, guidée par un dessein éminemment dialectique. Il se situe, judicieusement, aux confins mêlés de la philosophie, de la poésie et de la science. Il peut ainsi embrasser tout le spectre exigeant de la dramaturgie de Gatti, celle par laquelle il s’est avéré l’irréfutable inventeur d’un « théâtre des possibles », quasiment tourné vers l’infini. L’auteur prouve donc à l’envi qu’une fois passée l’époque des personnages, fussent-ils animés par l’instinct de classe, Gatti en vint, à cause de sa méfiance sur les limites du théâtre, à en susciter une autre qui n’appartient qu’à lui, véritable « hétérotopie » (selon Michel Foucault), soit un lieu hors de tous les lieux.

Si le destin exceptionnel de Gatti est bien sûr cité à comparaître (le fils de l’éboueur, le résistant, le parachutiste, le déporté, le grand reporteur, l’ami d’Henri Michaux et de Pierre Boulez, le globe-trotteur, le chercheur de révolutions…), c’est avant tout l’art du créateur impavide qu’explore Olivier Neveux, celui qui, de l’Ukrainien Makhno au mathématicien Cavaillès en passant par la kabbale, entre tant de figures inspirantes flanquées de ses « loulous » en quête d’eux-mêmes, a su grandiosement magnifier « la mémoire des vaincus et, défiant le temps », laisser entendre « que leur défaite (n’est) que provisoire ».

Ne s’agit-il pas, littéralement, d’une résurrection des morts d’après une théologie profondément personnelle ? Ce livre, Armand Gatti, théâtre-utopie, constitue l’indispensable vadémécum propre à la connaissance de ce que Dante, ainsi le nommaient ses proches, nous laisse en héritage, dans sa généreuse profusion aux méandres complexes. « Le public ? Chez nous ? disait-il. Il n’y a plus de spectateurs, il y a des témoins qui vont venir avec un dialogue possible et pas comme des juges.

Jean-Pierre Léonardini

Avec tous tes frères étrangers dans Libération

mercredi 28 février 2024 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans Libération du 22 février 2024.

Le groupe Manouchian s’est battu contre cette « France à l’envers »

Attention à la confusion permanente degrands discours creux. Les 23 résistants fusillés au Mont-Valérien ne sont pas morts pour la « loi immigration », la fin du droit du sol ou la destruction des services publics...

Visages patibulaires et mal ­rasés, mines sinistres. Et des noms pas de chez nous, parfois imprononçables : Grzywacz, Witchitz, Alfonso... Des identités allo­gènes, collées contre les murs : « communiste italien », « Juif hongrois », « Espagnol rouge ». La racaille de l’époque – il y a 80 ans, en février 1944 : les services de propagande allemands placardaient ce que la chanson de Léo Ferré, en 1961, allait appeler l’Affiche rouge, qui dénonçait ces « terroristes », membres de « l’armée du crime ». Tous immigrés, tous communistes, le plus souvent juifs, comme le développe le texte d’un tract qui reproduit l’affiche : si quelques bons français égarés commettent parfois des actes de « terrorisme » (le nom que Vichy et les nazis donnent à la Résistance), « ce sont toujours des étrangers qui les commandent, ce sont toujours des chômeurs et des criminels professionnels qui exécutent ». Déjà cette obsession de l’étranger et du chômeur, incarnation, avec le Juif, de « l’anti-France ». C’est la police française, la Brigade spéciale numéro 2 de la préfecture de police de Paris qui, après avoir arrêté 59 jeunes résistants juifs, ­dirigés par Henri Krasucki, futur secrétaire ­général de la CGT, puis 71 Juifs combattants des FTP-MOI (francs-tireurs partisans – main-d’œuvre immigrée), prend en filature et arrête 68 résistants qui forment l’armature de la « main-d’œuvre immigrée » combattante. Parmi eux, 23 membres du groupe de Missak Manouchian, « Arménien, chef de bande », selon les termes de l’Affiche rouge, remis aux autorités allemandes, jugés par un tribunal militaire du 15 au 21 février 1944, et fusillés au Mont-Valérien le jour même du ­verdict.
Olga Bancic, Juive roumaine, communiste, elle aussi condamnée à mort, est transférée à Stuttgart pour y être guillotinée, le 10 mai. Dans un poème célèbre, Louis Aragon note que : « À l’heure du couvre-feu des doigts errants / Avaient écrit sous vos photos : “Morts pour la France”. » La France, ces gibiers de Front populaire, internationalistes convaincus, communistes conspués par tous ceux qui choisiront la collaboration ou un attentisme douillet, étaient venus y travailler au moment où le pays, saigné par la Grande Guerre, était une « pompe aspirante », comme on dit désormais. La France avait su se montrer généreuse par une loi qui magnifiait le droit du sol, en 1927, et naturalisait ses nouveaux ­enfants en masse, avant que Pétain et son gouvernement ne l’annulent en 1940. A l’heure des commémorations ­nationales, il est salutaire de faire de l’histoire, avec le livre de Dimitri ­Manessis et de Jean Vigreux : après avoir consacré une biographie au communiste italien Rino Della ­Negra, héros du Red Star (« l’étoile rouge », donc), fusillé avec Manouchian à l’âge de 20 ans, les deux historiens nous plongent Avec tous tes ­frères étrangers dans l’histoire de la MOE (main-d’œuvre étrangère), devenue MOI, main-d’œuvre immigrée, au moment où, avec la récession économique, on entonne : « La France aux Français », on prône des quotas et on affrète des trains spéciaux pour procéder à la « remigration », déjà, de 140 000 mineurs polonais renvoyés de l’Hexagone en 1934-1935. C’est contre l’occupant nazi et la ­police française de Vichy que sont créés les FTP-MOI au printemps 1942. Entre-temps, centristes, libéraux et hommes de droite avaient, dès 1938, dans le gouvernement qui met fin au Front ­populaire, sonné l’hallali contre les réfugiés juifs, les immigrés et les ­républicains espagnols, qui avaient eu le tort de s’opposer au coup d’Etat de Franco, ­posant les fondements de ce que l’historien Gérard Noiriel a justement ­appelé « les origines républicaines de Vichy », décrets policiers et camps de rétention inclus. Tendons l’oreille et soyons attentifs aux résonances et aux échos, à ce que Michaël Fœssel a nommé un risque de « récidive ». Manouchian et les sien·n·e·s ne se sont pas battus pour cette « France à l’envers » (Alya Aglan) qui est celle de Vichy, du FN-RN et de ses « victoires idéologiques ». Ils ne sont pas morts pour la « loi immigration », la fin du droit du sol, la destruction des services publics, l’explosion des inégalités, le mensonge poli­tique permanent et la répression policière féroce de toutes celles et ceux qui se mobilisent pour un monde humain, de Saïx (Tarn) aux cortèges nassés, gazés et tabassés ­entre Bastille et Nation.
Contre la confusion permanente de grands discours creux, laborieu­sement ânonnés avec la componction lancinante d’un mauvais acteur, contre l’atteinte à la mémoire de ces étrangers qui aimaient la France et sont morts pour elle, revenons à l’histoire, qui est toujours politique, et remettons-nous en à la poésie car, comme l’écrit Paul Eluard :
« Si j’ai le droit de dire /En français aujourd’hui/Ma peine et mon espoir/ Ma colère et ma joie /Si rien ne s’est voilé /Définitivement /De notre rêve immense /Et de notre sagesse /C’est que ces étrangers /Comme on les nomme encore/Croyaient à la justice/ Ici-bas, et concrète [...] : Leur vie tuait la mort /Au cœur d’un miroir fixe /Le seul vœu de justice/A pour écho la vie/ Et, lorsqu’on n’entendra /Que cette voix sur terre /Lorsqu’on ne tuera plus /Ils seront bien vengés /Et ce sera justice. »

Johann Chapoutot