Le blog des éditions Libertalia

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Blues et féminisme noir dans Politis

vendredi 26 janvier 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans Politis du 25 janvier 2018.

Leur voix est libre.

La philosophe et militante Angela Davis trouve dans le blues les prémices du féminisme noir.
Free Angela ! On se souvient de ce slogan et de l’image qui l’accompagnait, une femme noire incarcérée pour avoir fréquenté de trop près le Parti communiste américain et les Black Panthers. Angela Davis est une figure incontournable du Black Power et elle connut en France de nombreux soutiens - Jean-Paul Sartre, Jean Genet… -, actifs dans la mobilisation qui participa à sa libération.
On oublie souvent, toutefois, qu’Angela Davis est aussi philosophe, l’une des grandes théoriciennes des women’s studies américaines. Enfin traduit en français, Blues et féminisme noir est une étape importante de sa pensée. Un traité parfois jargonneux mais toujours stimulant, où elle explore les prémices du féminisme afro-américain.
Pour Angela Davis, ces prémices sont à chercher dans le blues, une tradition musicale dont l’étude permet de connaître les réalités des classes laborieuses noires américaines. Analyser le blues, c’est mettre le doigt sur une tradition orale qui, avant les formes écrites du militantisme, se faisait l’écho des maillages entre genre, classe et race. Le livre suit les trajectoires de trois chanteuses : Gertrude " Ma " Rainey, la " mère du blues " ; Bessie Smith, la citadine ; et Billie Holiday, transition vers le jazz. Il s’appuie sur un corpus de chansons nouvellement retranscrites et montre en quoi l’œuvre de ces chanteuses, taillant des " brèches dans le discours patriarcal ", a identifié les thématiques qui, à partir des années 1960, seront investies par les mouvements de libération des femmes.
Chez " Ma " Rainey ou Bessie Smith, on trouve des descriptions de violences conjugales, des récits d’humiliation dans une sphère privée dont on connaît la dimension politique. On note aussi un refus de se voir restreindre aux attributs traditionnels de la féminité : maternité, fidélité, sédentarité. Angela Davis voit dans cette liberté de ton un héritage inattendu de l’esclavage, qui, en supprimant tout droit au peuple noir, eut pour contrepartie d’aplanir les relations de genre.
Conscientes d’elles-mêmes, les femmes du blues ont donc su user de leur relative liberté pour montrer, à défaut de dénoncer. Au cœur de cette posture, des textes, des attitudes, mais surtout l’interprétation. C’est quand elle évoque Billie Holiday qu’Angela Davis est la plus passionnante. Montrant comment la voix de Billie, ses intonations, son oscillation entre intensité tragique et nonchalance provocatrice constituent autant de commentaires sur les textes parfois machistes et masochistes qu’elle interprète, Davis nous pousse à ne rien prendre au pied de la lettre et fait de son livre un grand essai sur les forces complexes du chant.

Pauline Guedj

Blues et féminisme noir dans L’Anticapitaliste

vendredi 26 janvier 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans L’Anticapitaliste (16 janvier 2018).

À travers la vie et l’œuvre de trois femmes noires, chanteuses de blues et de jazz, Angela Davis nous propose de découvrir à la fois l’univers musical dans lequel elles se sont trouvé plongées mais aussi et surtout l’émergence d’un féminisme noir anticipant les grands combats féministes ultérieurs.

Si les discographes traditionnels du blues, généralement masculins, font plutôt la part belle aux hommes, Angela Davis nous fait partager le parcours des deux immenses " idoles " que furent Gertrude " Ma " Rainey et Bessie Smith. Des vies bousculées et bousculantes dans lesquelles les thèmes classiques du blues, la route et la misère sociale, se retrouvent au côté de la lutte politique et surtout de la libération sexuelle.

« Double langage » du blues
Écrits quelques décennies après la fin de l’esclavage, les textes des deux chanteuses finissent de briser les chaînes d’un système où privation de liberté et violence étaient le quotidien des hommes et des femmes. Elles s’acharnent à mettre en cause le statut de femmes au foyer en « prenant la route » et en affichant une liberté sexuelle qui ne manque pas de choquer, y compris dans la petite bourgeoisie noire. Les longs extraits de chansons permettent d’accéder au « double langage » du blues, où l’argot le dispute aux volontaires ambiguïtés des expressions.
L’évocation de la vie et de la carrière de Billie Holiday est l’occasion d’un autre décryptage. Une chanteuse entre blues et jazz dont la presse étalait le plus souvent les difficultés de la vie et dont les textes étaient moins systématiquement « sociaux ». Angela Davis décode un deuxième degré dans l’interprétation de Billie Holiday, qui ouvre plus logiquement sur le célébrissime Strange Fruit.
Au total, trois histoires de femmes qui donnent une belle place au féminisme noir sur la voie de la lutte pour la libération de toutes les femmes.
En prime, un CD de chansons de « Ma » Rainey et Bessie Smith. Si vous êtes en retard d’un cadeau de Noël…

Robert Pelletier

Jacques Roux dans L’Humanité

vendredi 12 janvier 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Paru dans L’Humanité du 8 janvier 2018.

Jacques Roux,
une vie subversive à en mourir

La remarquable édition de la biographie du « curé rouge », chef-d’œuvre du grand historien de langue allemande Walter Markov, est un petit événement.

La parution en français et en France du grand livre paru en allemand et en RDA en 1967 est à double titre un grand événement. D’abord parce qu’il donne à connaître en profondeur la pensée et l’action du plus illustre des « curés rouges » qui ont accompagné le mouvement populaire antiaristocratique et antibourgeois au cœur même de la Première République, de 1792 à 1794. Ensuite parce que son auteur, Walter Markov (1909-1993), s’est imposé dans le concert international comme l’un des historiens de langue allemande parmi les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. La biographie de Jacques Roux est un récit qui n’est qu’une partie de l’œuvre que Markov a consacré au « curé rouge »… Pour s’en tenir à ce qui nous est ici offert, quel livre que cette seule biographie ! À l’érudition qui en nourrit le texte s’ajoute une manière de dire les choses qui frise le grand art : on songe à celui de Stefan Zweig, dont Markov admirait l’œuvre. Jamais l’auteur ne pontifie. L’inattendu, l’aléatoire, le cocasse (« La transaction vint en aide à la Providence et mena Jacques Roux à la tonsure »), l’évocation des détails significatifs (« Le pantalon du travailleur s’embourgeoisa en faisant son entrée triomphale dans les salons de l’ancien et du nouveau monde »), les hasards de la vie y ont leur place tout comme l’évocation, non dénuée d’humour, des conditions de vie dans la célèbre prison parisienne de Sainte-Pélagie.

Le sens de son combat et le grand vent qui l’entraîne…
Chaque moment de l’existence et de l’écriture de Jacques Roux s’accompagne de digressions plaisantes ou éclairantes. Mais le sens de son combat et le grand vent qui l’entraîne : avant 1789, dans les petitesses d’un destin ordinaire pris dans le mouvement de contestation de la société d’ordres ; plus tard, après le grand élan initial, quand vient à la surface la « question de classe » et que, simultanément, se joue l’avenir de la Révolution elle-même, Markov traite avec grandeur des moments de crise, montrant les enjeux décisifs, les raisons du divorce et de ses limites entre mouvement populaire et pouvoir. Porté par le soutien qu’il reçoit des compagnons, ouvriers et artisans du centre de Paris, dont les assemblées de la section du quartier des Gravilliers expriment les aspirations profondes, Jacques Roux, l’ancien cordelier, se proclamant lui-même « le nouveau Marat », après l’assassinat du premier, lui que l’histoire a retenu pour avoir été l’auteur du Manifeste des enragés, texte fulgurant de colère et d’ambition émancipatrice, le défroqué porte-parole entouré de ses « jacqueroutins » (magnifique néologisme markovien), se retrouve rapide- ment, et même contre son gré, en opposition au pouvoir révolutionnaire du « bloc » jacobin-robespierriste… Traduit devant le Tribunal révolutionnaire, Jacques Roux se veut martyr de la cause des plus démunis et s’y reprend à deux fois pour se donner la mort, celle du héros qui en appelle à l’avenir, lequel sera radieux ! Suicide héroïque ? Parole de prophète ? Nous sommes ici aux limites de la geste révolutionnaire enclenchée quatre ans plus tôt : en huit chapitres et un épilogue inspiré par la pensée du jeune Marx, Markov excelle à nous dire le drame qui se joue à Paris : chef-d’œuvre !
Avec sa bibliographie et un cédérom joint incluant la plupart des sources, voilà un livre complet qui honore l’édition française et qui rend hommage à l’un des meilleurs historiens dont l’Allemagne est souvent féconde. Mme Merkel devrait ne pas l’oublier.

Claude Mazauric, historien

Entretien avec Julien Chuzeville sur le site La Rotative

mardi 2 janvier 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Entretien publié sur le site La Rotative, 30 décembre 2017.

« Beaucoup de militants pensaient que la révolution était à portée de main »

Du 25 au 30 décembre 1920, les socialistes français réunis à Tours débattent de l’adhésion de leur parti à la IIIe Internationale, créée à Moscou en 1919. Ce congrès aboutit à une scission, qui conduira à la création du Parti communiste français. Entretien avec Julien Chuzeville, auteur du livre Un court moment révolutionnaire. La création du parti communiste en France (1915-1924).

Peux-tu rappeler dans quel contexte s’inscrit le congrès ?
Julien Chuzeville : Le congrès se déroule dans un contexte qui est favorable aux courants révolutionnaires internationalistes. Il y a d’abord, en Europe et dans le monde, diverses tentatives révolutionnaires : les militants citent à l’époque la Russie, l’Allemagne, la Hongrie, etc. Ils peuvent légitimement penser que la révolution mondiale a commencé.
En France, les années 1919-1920 représentent un pic sans précédent de luttes sociales. Il n’y avait jamais eu autant de grèves, notamment des mouvements locaux souvent victorieux. Ce « point chaud » ne sera dépassé qu’avec la grève générale de mai-juin 1936. Donc, les travailleurs sont à l’offensive, ce qui renforce le mouvement ouvrier. Les effectifs du Parti socialiste SFIO et de la CGT augmentent très fortement.
Beaucoup de militants pensent que la révolution est à portée de main. Le gouvernement français le craint aussi. C’est pourquoi il fait arrêter en mai 1920 les principaux militants révolutionnaires, en particulier Fernand Loriot, Boris Souvarine et Pierre Monatte. Ils sont toujours en prison pendant le congrès de Tours.

Les délégués présents au congrès sont appelés à se prononcer sur l’adhésion de la SFIO à l’Internationale communiste, créée par les bolcheviks à Moscou en mars 1919. Au moment des débats, que savent les socialistes français de la situation en Russie ?
Il n’y a pas une ignorance complète, mais une vision déformée. Les révolutionnaires pensent souvent que les conseils ouvriers (« soviets », en russe) ont le pouvoir en Russie, que c’est l’autogestion. En fait, en décembre 1920 les soviets n’ont déjà plus qu’un rôle décoratif.
Le souvenir de la Commune de Paris de 1871, moins de cinquante ans auparavant, joue un rôle important : les communards avaient été accusés d’atrocités largement exagérées. En 1920, la presse conservatrice en France est très opposée aux bolcheviks. Elle publie souvent des fausses nouvelles – la mort de Trotski est par exemple plusieurs fois annoncée –, et diffuse des détails fantaisistes qui, pour les révolutionnaires, lui enlèvent toute crédibilité. Ils pensent que c’est la propagande anti-communarde qui recommence. Les Russes blancs en exil diffusent des théories du complot. Il y a des « fake news » des deux côtés, ce qui empêche d’avoir une lecture claire de la situation. Et la voix des révolutionnaires russes opposés aux bolcheviks est alors quasiment inaudible en France.
Je cite dans mon livre une section socialiste qui vote l’adhésion à l’Internationale communiste en précisant qu’elle le fait « à défaut de plus amples renseignements sur les choses de Russie, se basant sur la lutte acharnée que lui livre le capitalisme mondial ». Mais le principe « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » ne fait pas une politique…

Quel est le poids des 21 conditions d’adhésion fixées par l’Internationale communiste, et qui prévoient notamment que les partis communistes établissent en leur sein « une discipline de fer, une discipline militaire » ?
Elles jouent un rôle important dans les discussions, même si elles ne seront pas adoptées par le congrès réuni à Tours. Avant même que les 21 conditions soient adoptées à Moscou, des militants à la droite du Parti socialiste avaient annoncé leur intention de scissionner en cas d’adhésion du parti à l’Internationale communiste. Les 21 conditions ne sont pas décisives.
Le passage sur la « discipline militaire » ne figure pas dans le texte des 21 conditions publié par L’Humanité à l’époque. Et il ne correspond pas à ce que souhaitent les principaux partisans de l’adhésion. Les 21 conditions doivent une grande part de leur célébrité au fait que, bien que n’étant pas adoptées au congrès de Tours, elles seront imposées par la suite depuis Moscou. Sur le temps long, la volonté des militants en décembre 1920 n’empêchera pas que c’est effectivement une discipline militaire qui sera mise en place, avec la bolchevisation puis la stalinisation.
Les 21 conditions, quand on les lit avec le recul et dans leur version intégrale, montrent toute l’ambiguïté de l’Internationale communiste à ses débuts : s’agit-il de regrouper les différents courants communistes dans le monde ? Ou bien de créer une Internationale bolchevique ? Les militants qui croient adhérer à une structure communiste démocratique seront vite déçus. La direction appartient de fait, pour l’essentiel, au même groupe qui dirige le parti bolchevik devenu parti unique, donc aux chefs de l’État russe.

Concrètement, comment se déroule le congrès, et quelles en sont les premières conséquences ?
Le climat est parfois tendu, puisque tous les délégués savent que le congrès aboutira à une scission, mais chacun peut s’exprimer. Il y a des rebondissements, comme l’apparition à la tribune de Clara Zetkin, députée du Parti communiste d’Allemagne, à laquelle le gouvernement français avait pourtant interdit d’entrer en France. Mais au fond, le débat a déjà eu lieu au cours des semaines précédentes dans les sections et fédérations socialistes : l’adhésion y a le plus souvent triomphé.
Le congrès vote donc à une large majorité la motion d’adhésion à l’IC préparée notamment par Souvarine et Loriot depuis leur prison. Le « Parti socialiste – Section française de l’Internationale ouvrière » (SFIO) devient « Parti socialiste – Section française de l’Internationale communiste » (SFIC). Une minorité quitte le congrès, conduite notamment par Léon Blum, et crée une nouvelle SFIO. Il y a donc deux partis socialistes après Tours. La SFIC change ensuite son nom en Parti communiste, ce qui clarifie la situation.

La perspective d’une scission au sein du mouvement socialiste français était dans l’air depuis de nombreuses années. Au-delà de la question de l’adhésion à l’IC, qu’est-ce qui divise les différents courants socialistes ?
Il y avait déjà une grande diversité dans la SFIO d’avant 1914, mais le choc de la Première Guerre mondiale est fondamental. À l’inverse de ses engagements internationalistes, le parti soutient la guerre et l’Union sacrée à partir d’août 1914. Il accepte même d’intégrer un gouvernement « bourgeois ».
La contestation interne, par des socialistes restés internationalistes, est largement étouffée par la censure étatique, à laquelle des « socialistes de guerre » participent, et aussi par une censure interne au parti, qui contredit les pratiques démocratiques antérieures. Ces méthodes de la direction et son soutien à une guerre très meurtrière vont créer une fracture au sein du parti qui ne va cesser de s’accroître jusqu’au dénouement de décembre 1920 à Tours.
Il y a pourtant de nombreux reclassements, puisqu’un fervent partisan de l’Union sacrée comme Marcel Cachin se retrouve au PC en 1921, et parvient à conserver la direction de L’Humanité. Mais Fernand Loriot, premier signataire de la motion adoptée à Tours, avait dirigé le courant socialiste internationaliste le plus radical pendant la guerre. De même, des militantes féministes révolutionnaires, comme Marthe Bigot et Lucie Colliard, qui étaient marginalisées et réprimées pendant la guerre, se retrouvent à des postes de direction aux débuts du PC.

Tu écris qu’un certain nombre des militants qui ont agi en vue de l’adhésion à l’IC souhaitent « un parti de type nouveau » qui serait « un creuset des différents courants révolutionnaires ». Qu’est-ce qui va empêcher la réalisation de cet objectif ?
Tout d’abord, la vague de luttes sociales de 1919-1920 s’effondre. La situation n’est plus révolutionnaire. Le contexte se renverse donc totalement, ce qui affaiblit très vite le PC. D’autre part, de nombreux dirigeants du PC ne sont pas sur cette orientation : ils veulent simplement rester à la tête d’un parti au même fonctionnement que la SFIO avant 1914. Enfin, l’Internationale communiste ne correspond pas à ce que les révolutionnaires avaient espéré : elle ne veut surtout pas d’une nouvelle synthèse entre marxisme, syndicalisme révolutionnaire, voire communisme libertaire. La bureaucratisation est rapide et s’accompagne d’un tournant idéologique autoritaire.
A partir de 1924, les militants qui avaient été à la tête de la minorité internationaliste pendant la guerre se retrouvent en pointe dans la lutte contre la bolchevisation ordonnée par Moscou – qui va s’avérer être le début de la stalinisation. Ils forment une opposition communiste en interne, mais il n’y a plus de fonctionnement démocratique : ils sont donc exclus ou démissionnent.
Ils continuent par la suite de militer ailleurs, dans des courants d’extrême gauche qu’ils créent, par exemple autour de la revue La Révolution prolétarienne, ou au sein du Cercle communiste démocratique. Ils militent également dans leurs syndicats sur une orientation syndicaliste révolutionnaire. C’est le cas des militants que j’ai cités : Fernand Loriot, Pierre Monatte, Boris Souvarine, Marthe Bigot, Lucie Colliard, etc. Au fond, si le congrès de Tours constitue un événement important du point de vue de l’histoire politique, il n’a pas été si décisif qu’on l’a souvent dit.

Jacques Roux, le curé rouge dans Le Monde des livres

mardi 2 janvier 2018 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Dans Le Monde des livres, 22 décembre 2017.

La Révolution française selon le prêtre « enragé »

Walter Markov (1909-1993), historien est-allemand de la Révolution française, a consacré plusieurs livres à Jacques Roux (1752-1794), dont la biographie traduite ici pour la première fois. Elle offre une étude rigoureuse de cette figure radicale, qui occupe le point le plus extrême de l’évolution des prêtres ralliés à la Révolution, – passés de la charité à l’exigence de justice, de la fraternité chrétienne à la revendication d’égalité. Le « curé rouge » prononça, le 25 juin 1793, un discours que l’histoire a retenu comme le « manifeste des enragés », violente charge contre les abus « des riches, c’est-à-dire des méchants » écrasant le peuple comme le faisait la monarchie – par la hausse des prix, en l’occurrence. D’un tyran à abattre, l’autre. « Ne craignez pas de rendre le peuple trop heureux », ajoutait ce prêtre sans-culotte, précurseur, selon Marx lui-même, du communisme.

Florent Georgesco

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