Le blog des éditions Libertalia

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Rosa Parks, Mon histoire dans la revue N’Autre École

vendredi 22 février 2019 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Paru dans la revue N’Autre École, hiver 2019.

Rosa Parks, une vie de lutte

On connaît le plus souvent Rosa Parks pour son acte de résistance dans le bus, durant la ségrégation aux États-Unis, lorsqu’elle a refusé de céder sa place à un Blanc et qu’elle a été arrêtée pour cela. Mais avec ce livre, elle a voulu retracer tout son parcours militant, qui ne commence pas en 1955, mais bien avant. Dans son enfance, déjà, lorsqu’elle refuse de se laisser faire par un jeune garçon blanc qui la malmène, ou encore lorsqu’elle prend conscience, à l’âge de 6 ans, des différentes formes que prenait la ségrégation et de la peur dans laquelle les adultes noirs vivaient constamment.

Avec Rosa Parks, nous replongeons donc dans les années 1920-1960 aux États-Unis, avec tout ce que cette période comporte de tragédies et de ségrégation violente et révoltante. Un élément qui m’a marquée en particulier, et que j’ignorais : le retour de guerre des soldats noirs, méprisés et violentés parce qu’ils osaient porter leur uniforme en public. Enfin, il n’est pas désagréable de nous retrouver, le temps de quelques pages, aux côtés de toutes celles et tous ceux qui ont participé aux combats contre la ségrégation raciale, de sentir leur courage et la force de leurs convictions : les travailleurs et les travailleuses qui ont boycotté les bus des semaines durant, préférant marcher à en user leurs chaussures pour se rendre à leur travail ; les personnes blanches ostracisées ou menacées lorsqu’elles prenaient parti contre la ségrégation ; les grands orateurs, etc. Tout cela nous rappelle que les combats sont souvent longs et âpres, mais indispensables.

J.T.

Action directe, les premières années, dans CQFD

vendredi 22 février 2019 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Paru dans CQFD n° 169, octobre 2018.

Au moment où sort Dix ans d’Action directe (Agone), de Jean-Marc Rouillan, les éditions Libertalia publient un livre moins imposant, intitulé Action directe, les premières années. Œuvre de l’universitaire Aurélien Dubuisson, il se penche sur l’ancrage historique des premières actions du groupe, leur insertion dans un esprit du temps, alors porté sur le fumigène, le squat et la violence en manif. Mais il pointe également l’incompréhension qu’ont pu susciter certaines actions plus tardives, même chez les proches du mouvement, prélude à la scission de 1982, qui verra la fraction la plus radicale d’AD de plus en plus isolée. « Se mettre en avant et dire aux gens ce qu’il faut penser, ça m’insupporte » s’emporte ainsi un témoin cité dans le livre. « La brochure Pour un projet communiste, c’est une manière de dire : ‘’C’est ça et pas autre chose.’’ La suite d’Action Directe, c’est exactement pareil : ‘’Nous on a raison, vous avez tort.’’ C’est ne pas tenir compte du fait que le mouvement est hétérogène. »

États d’urgence 2 dans CQFD

vendredi 22 février 2019 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Paru dans CQFD n° 171, décembre 2018.

ÉTATS D’URGENCE, LE RETOUR

Au-delà des émeutes qui font paniquer le gouvernement, il est bien des urgences ailleurs (sociales, écologiques…). Et ce sont elles qu’un collectif de photographie sociale et documentaire, mené par le camarade Yann Levy, cherche à mettre en lumière, au-delà de l’écume de l’actualité. Le deuxième numéro d’États d’urgence, beau bouquin tout juste publié chez Libertalia, se consacre surtout aux migrations. À longueur de portfolios, on y suit les exilés de la Méditerranée au Calaisis, en passant par les Alpes. En parallèle, le photographe raconte son sujet, mais aussi les coulisses de son reportage. La démarche est sincère – et le résultat passionnant.

Une culture du viol à la française sur Vice

vendredi 22 février 2019 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Entretien publié le 21 février 2019 sur vice.com.

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Ce 21 février sort Une culture du viol à la française, premier ouvrage de la militante féministe Valérie Rey-Robert, plus connue sous le pseudo « Crêpe Georgette ».
Jusqu’au dernier moment, on s’est dit que l’interview serait annulée et qu’on rentrerait chez nous la tête pleine de questions. Parce que Valérie Rey-Robert fait partie des nombreuses victimes de la Ligue du Lol et qu’on la savait un peu lasse d’être sollicitée. Cadre dans une entreprise de modération sur Internet, elle s’est longtemps protégée grâce à son pseudo « Crêpe Georgette » avant d’enfin afficher son vrai nom en début d’année, nécessaire pour faire connaître un livre. Ce jeudi 21 février, la jeune maison d’édition Libertalia publiera en effet le premier ouvrage de Valérie Rey-Robert Une culture du viol à la française : du troussage de domestique à la liberté d’importuner. Dans son texte, l’auteure revient longuement sur ce qu’est la réalité de la culture du viol en France : 250 000 personnes victimes d’une tentative de viol chaque année en France, « cinq cents ans de littérature, 400 auteurs classiques et mille ans de civilisation » qui nourrissent ces violences. Et bien peu de politiques près à s’attaquer à cela. Quelques jours avant la sortie, nous l’avons rencontrée pour évoquer son livre.

Vice : Au début de votre ouvrage, vous revenez sur l’histoire du concept de culture du viol. On y apprend que le terme apparaît dans les années 1970 aux États-Unis mais il met presque quarante ans à se populariser en France. Pourquoi ?
Valérie Rey-Robert : Au début des années 1970, quand apparaît pour la première fois l’expression « culture du viol » outre-Atlantique, les militantes féministes de l’époque cherchent avant tout à montrer la réalité des violences sexuelles. La lutte était alors centrée sur l’accès à la contraception, le droit de vote et elles se rendent à peine compte que les violences sexuelles sont partout dans la société. Elles veulent visibiliser le viol, qui est présenté comme un crime rare, de fou, et montrer qu’il est en fait omniprésent dans la société. Le terme culture du viol est laissé de côté pendant quelques années puis réapparaît en 2010, sur le Web, et arrive ensuite en France.

Et entre les deux, la définition a largement évolué ?
Aujourd’hui, la culture du viol désigne la somme des idées reçues sur les violeurs, leurs victimes et le viol en lui-même. Ces idées, invariablement, ôtent la responsabilité des violeurs, culpabilisent les victimes et invisibilisent le viol. Sur le terme culture plus précisément, j’ai encore vu Laurent Joffrin, dans un édito suite à l’affaire de la Ligue du Lol, avancer que la culture sert à s’élever et que, de fait, ce terme est impropre. C’est une définition très restreinte de la culture ! Au sens sociologique, la culture du viol en est bien une : les préjugés sur le viol imprègnent toute la société, se transmettent de générations en générations et évoluent avec le temps.

Est-ce possible de dater l’émergence de cette culture ?
Toutes les époques ont leurs idées reçues sur le viol qui tendent toujours à protéger les violeurs. Très tôt, au Moyen Âge, la justice considère le viol comme un crime très grave. Pourtant, l’ensemble de la société pense qu’il est impossible de violer une femme sauf si elle le veut. Autre exemple : certains historiens ont montré que la justice française du XVIIIe siècle avait condamné des gamines de 11 ans violées par leur père. Les lois sur le viol mettront, elles aussi, énormément de temps à évoluer. Il faudra attendre le début du XXe siècle, puis le procès d’Aix-en-Provence de 1978, pour voir naître une vraie loi sur le viol.

Pourquoi un tel retard ?
La société tout entière, donc ceux qui font les lois et les appliquent, a une vision très fantasmée du viol. La culture du viol repose en fait sur la mise à distance permanente du violeur qui n’est jamais soi mais toujours un autre détestable. Cela entraîne un paradoxe extraordinaire. Sortez, faites un micro-trottoir sur le viol de manière abstraite, et la majorité des personnes que vous allez interroger vont avoir des propos extrêmement durs à l’égard des violeurs. Allez les interroger sur des faits réels maintenant. Leur discours va radicalement changer, ils trouveront des excuses et des circonstances atténuantes parce que la réalité ne correspond pas à ce qu’ils croient savoir du viol et cela entraîne une remise en cause de la parole des victimes qu’on pointe comme menteuses, simplement parce que ce qu’elles ont vécu ne colle pas aux fantasmes de la société et des législateurs.
D’autres éléments entrent aussi en ligne de compte. Pendant longtemps, beaucoup ont cru que le viol était un crime extrêmement rare… Et ce n’était pas la peine de légiférer pour quelque chose de marginal. Il faut dire ce qui est : le viol est aussi un crime où il y a rarement des preuves physiques de l’absence de consentement. 

Les choses ont-elles changé aujourd’hui ?
Malheureusement non. Les politiques et une grande partie de la société nient la culture du viol. Or pour lutter contre un problème, encore faut-il accepter qu’il y en ait un ! La première des choses pour avancer sur ce sujet c’est donc de réaliser qu’on a des préjugés et c’est ce qui ralentit la lutte. Les réactions des politiques après #Metoo et #Balancetonporc sont d’ailleurs très révélatrices sur ces impensés qui concernent la majorité de la société. La première prise de parole du président, extrêmement grave, a servi à pointer d’éventuelles fausses accusations. Le Premier ministre s’est lui demandé comment on allait pouvoir séduire. Bref, ça montre qu’ils n’ont pas conscience du problème.

Finalement, est-ce que s’attaquer à la culture du viol revient à s’attaquer à tout un pan de l’identité française ?
La majorité de notre littérature, de notre culture, légitime la culture du viol. Rousseau, dans l’article consacré au viol dans L’Encyclopédie, explique que les femmes ne peuvent être violées à moins qu’elles le veuillent – sinon, elles se défendraient jusqu’à la mort ! On retrouve le même genre de clichés sur le viol 250 ans plus tard, en 2016, dans Gangsterdam, un film de Romain Levy porté par Kev Adamas. Un des personnages principaux nommé Durex propose à un de ses amis de violer une femme. L’ami refuse, alors Durex rétorque « Je te parlais du viol cool. Pas du viol triste où ça chiale, ça crie, ça porte plainte ».
C’est pour ça que quand #Balancetonporc est arrivé, on a tout de suite été comparées à des collabos ! On est traître de la patrie comme le sont ceux qui ont dénoncé des Juifs. Profitons-en pour rappeler que cette comparaison est particulièrement odieuse. Les Juifs ont été dénoncés pour le simple fait d’être juifs, au contraire des hommes accusés d’avoir commis des violences sexuelles. Un Juif dénoncé risquait la mort et Mediapart a montré qu’il n’y avait quasiment aucune conséquence pour les rares hommes dont les noms ont été révélés par leur victime. Et si conséquence il y a, elle ne sera jamais le camp d’extermination. Cette comparaison a un double effet pervers : elle donne l’impression que les hommes accusés de violences sexuelles encourent les pires ennuis, ce qui est faux, et elle relativise totalement les effets de la dénonciation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans quelle mesure cette culture du viol à la française repose-t-elle sur le racisme ?
De manière générale, le violeur est mis à distance. Ça va être le fou, le pauvre, l’homme de pouvoir et, évidemment l’homme racisé. Les différences de traitement entre DSK et Tariq Ramadan l’illustrent bien. Lors du procès du Carlton de Lille en 2015, on a eu des extraits des dépositions des prostituées. Il y a eu des actes qui se rapprochent de ceux imputés à Tariq Ramadan mais les traitements médiatiques de l’un et de l’autre ont été extrêmement différents. Dans les deux cas, on a une essentialisation. Elle est positive pour DSK, l’archétype de l’homme à la française, certes qui a une sexualité rude mais enfin, bon, ce n’est pas si grave, et négative pour Tariq Ramadan qu’on pointe comme arabe, comme musulman, alors que c’est un prédateur sexuel lambda, dans un espace de pouvoir, qui fait ce que des milliers d’hommes ont fait avant lui.

Est-ce aussi une conséquence des politiques coloniales françaises ?
Si on étudie la question du viol et des hommes arabes, on constate que ces politiques ont en effet très rapidement présenté l’homme arabe et en particulier l’homme algérien comme un violeur, et ce, dès qu’il a commencé à y avoir des mouvements d’opposition à la colonisation dans les pays concernés. Le sous-texte, c’est que la nation, présentée comme une femme, a besoin d’être protégée des Arabes qui veulent venir la violer. L’homme arabe est alors raconté et considéré comme un violeur. Quand les maisons closes sont fermées en France en 1945, elles le sont partout sauf à Barbès, un quartier où habitent traditionnellement les immigrés maghrébins, et dans l’Algérie colonisée parce qu’on craint des soulèvements des hommes avec des viols massifs de femmes françaises blanches.
Cette idée perdure ensuite avec le mythe de la traite des Blanches, très répandue dans les années 1930 et qui revient après la Seconde Guerre mondiale. Des Juifs, histoire d’ajouter l’antisémitisme à l’horreur, sont accusés d’enlever des femmes blanches chrétiennes pour les envoyer dans des bordels au Maghreb. On retrouve cela avec la rumeur d’Orléans, en 1969, où des Juifs sont accusés de la même manière d’enlever les femmes qui viennent dans leurs boutiques puis de les revendre comme esclaves. Pointer l’étranger permet de dire que ce que font les Français blancs, même si c’est parfois un peu violent, n’est pas vraiment grave puisque ce sont des gentlemen.

Le cœur du problème serait-il de penser qu’il existe une forme d’élite blanche, bourgeoise, française, qui ne pourrait pas violer parce qu’elle est composée de gentlemen ?
Pas forcément bourgeoise. Il y a une excuse de tous les actes de violences sexuelles lorsqu’ils sont commis par des Français, dans la norme, c’est-à-dire blancs. Un des chroniqueurs de TPMP, par exemple, qui avait commis une agression sexuelle, a été défendu par son public parce que cette culture imprègne toutes les strates de la société. Encore une fois, le violeur c’est l’autre. Le viol n’est pas commis par des hommes ordinaires comme nous le sommes.

Comment peut-on faire évoluer ces discours ?
Je pense que le problème principal c’est vraiment d’admettre qu’on a un problème avec les violences sexuelles. Il n’y a pas de petits combats en ce qui concerne le viol, c’est-à-dire qu’à partir du moment où, dès la maternelle, on explique aux garçons que ce qu’ils font est plus important que font les petites filles, on enclenche déjà une culture du viol. C’est de là que ça naît et il faut en permanence lutter contre. Donc déjà comprendre et admettre ça, cesser d’être dans l’anecdotique, avoir une approche politique, ça serait quelque chose ! Je le vois avec la Ligue du Lol, où j’ai refusé 99 % des interviews car il s’agissait de témoigner plus que de porter des analyses alors que beaucoup de questions restent en suspens. Sociologiquement, qui a été harceleur, qui a été harcelé ? Dans le cas du viol, qui viole, qui est violé ?

C’est peut-être aussi parce que ces personnes se revendiquaient pour beaucoup féministes.

Ils se sont déclarés féministes sur le tard, quand dans leur milieu parisien, bourgeois, revendiqué progressiste, c’était le seul moyen de ne pas passer pour des abrutis. Si les rédactions réagissent avec autant de vigueur, c’est qu’elles ne peuvent pas se permettre de faire autrement. En ce moment, nous les féministes, nous sommes fortes et le rapport de force s’est un peu inversé. On a réussi sur la Ligue du Lol, avec un lobbying féministe extrêmement fort, à faire en sorte que Libération fasse du bruit et entraîne des conséquences concrètes. Après, rien n’assure que les choses vont vraiment changer. Ceux qui mènent les rédactions sont des hommes blancs, hétéros, est-ce qu’ils ont envie de s’interroger sur ce qui les a amenés à potentiellement fermer les yeux sur le harcèlement commis ?

Clément Pouré

Valérie Rey-Robert au 19/20 de France 3 Paris Île-de-France

vendredi 22 février 2019 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Valérie Rey-Robert était l’invitée du 19/20 de France 3 île-de-France du 21 février 2019 pour présenter Une culture du viol à la française :
france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/emissions/jt-1920-paris-ile-de-france

(L’entretien est à 7 min 52)

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