Le blog des éditions Libertalia

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Nouvelle édition augmentée Pour Charles Martel

vendredi 24 février 2017 :: Permalien

Charles Martel et la bataille de Poitiers, de William Blanc et Christophe Naudin, vient d’être réimprimé, augmenté d’une postface inédite : « La bataille de Poitiers, un enjeu au présent. »
Télécharger la version complète de la postface 2017 (PDF 62.4 ko).

Véronique Decker dans Périphéries sur France Inter

lundi 9 janvier 2017 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

L’émission Périphéries du 2 septembre 2016, sur France Inter, rencontrait Véronique Decker.

« Alors que la rentrée des classes était hier, Périphéries est allée à la rencontre de Véronique Decker enseignante puis directrice d’école depuis plus de trente ans en banlieue.
Hier Véronique Decker faisait sa seizième rentrée en tant que directrice de l’école Marie Curie de Bobigny. Une école de 250 élèves située au coeur d’un quartier en pleine rénovation urbaine.
Entre système D, manque de moyens et absences non remplacées elle dresse un constat alarmant sur l’état de l’école dans le département le plus jeune de France et malgré son enthousiasme et son amour du métier on sent poindre dans ses propos une sorte de fatigue. »

Les Historiens de garde, dans la revue Lectures

jeudi 5 janvier 2017 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Dans la revue Lectures, une recension fouillée des Historiens de garde, janvier 2017.

En 2013, le médiéviste William Blanc, la moderniste Aurore Chéry et le professeur Christophe Naudin réagissaient avec Les Historiens de garde au succès éditorial (deux millions d’exemplaires vendus) et médiatique des ouvrages de l’acteur Lorànt Deutsch, Métronome et Hexagone, dont l’objet est pour l’un de retracer l’histoire de Paris depuis sa fondation et pour l’autre de synthétiser l’histoire des peuples ayant habité le territoire aujourd’hui français. La sortie du premier livre s’était en effet accompagnée en 2012 d’une adaptation télévisée par France 5 et d’une campagne de promotion dans les métros parisiens, à grand renforts d’interviews et de comptes rendus légers. La présente réédition des Historiens de garde intervient à un moment où l’entreprise de Lorànt Deutsch se porte bien, avec la publication du second tome de Métronome et la réédition des deux premiers titres au format poche, mais aussi où l’acteur est mis en cause par les journalistes de Buzfeed, qui affirment qu’il aurait tenu sur les réseaux sociaux des propos injurieux et menaçants à l’égard de ses critiques.
Les auteurs entendent démontrer dans cet opuscule les rouages du succès d’une vulgarisation historique non seulement de mauvaise qualité mais aussi politiquement tendancieuse. Ils s’inscrivent dans la démarche entamée par quelques universitaires ces dernières années, faisant suite aux réflexions menées par le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire et, plus récemment, à l’essai de Nicolas Offenstadt. Dans le premier chapitre, les auteurs soulignent que les productions de Lorànt Deutsch reposent sur des erreurs factuelles. Leur démarche est systématique et efficace : à des citations de passages du Métronome concernant la prétendue venue du patriarche de Jérusalem à Paris pour prêcher la croisade en 1187, ou encore la supposée tentative de destruction de la colonne de Juillet par les communards, font suite des références aux sources mobilisables et aux travaux d’historiens déjà consacrés à ces questions. Il est ainsi démontré rigoureusement que l’écriture de Lorànt Deutsch ne repose pas sur une critique des sources ni sur la maîtrise de la littérature scientifique existante, nonobstant les couvertures de ses essais qui le montrent charriant des piles de livres. De plus, les auteurs dépouillent les rares références historiques de l’acteur pour montrer qu’il les mésinterprète. Par exemple, Deutsch affirme dans son téléfilm que le Louvre trouve son origine dans une fortification dressée par Childéric, roi Francs du Ve siècle et père de Clovis. Lorsqu’on lui demande ses sources (qui n’apparaissent pas dans le film), il n’invoque pas les recherches les plus poussées ni les synthèses les plus rigoureuses, mais se réfère à un historien du XVIIe siècle, Henri Sauval, et à Jacques Hillairet, auteur d’une synthèse intéressante mais datée. Or, Hillairet évoque seulement une possible étymologie : lower signifierait « fortisfication » en ancien saxon, souvenir d’un rempart dressé par les Normands de Sigfried en 885. Quant à Sauval, il évacue l’hypothèse de Childebert (et non Childéric), avancée avant lui par Favyn, historien du XVIe. Puis, Sauval évoque une possible origine saxonne du terme – langue que ne parlaient d’ailleurs pas les Francs –, s’appuyant sur un ancien glossaire saxon disparu. Bref, les affirmations de l’acteur reposent sur une interprétation fantaisiste de propos imprécis et contestés depuis le XVIIe siècle.
La force des auteurs est ensuite de montrer que ces erreurs factuelles s’inscrivent dans une cohérence idéologique. Faire remonter le Louvre à Clovis permet en effet à Lorànt Deutsch, monarchiste assumé, d’insister sur les permanences d’une France éternelle, transcendant l’histoire, toujours remise en cause par ses ennemis (étrangers, révolutionnaires) mais toujours capable de se redresser. Aussi ne peut-on lire dans le Métronome qu’une dizaine de lignes consacrées à la Commune de Paris et basées sur une unique source versaillaise (par ailleurs mal interprétée), réduisant la révolte à un complot de l’Association internationale des travailleurs, contre treize pages consacrées au mythe (et non à l’histoire) de Saint Denis. Or, interrogé sur ses méthodes, Lorànt Deutsch affirme qu’il « n’invente rien », que son travail est « ultra documenté » mais que « l’idéologie ne doit pas être détruite au nom du fait scientifique ».
Les Historiens de garde n’en reste pas à la critique interne des ouvrages de Deutsch mais s’efforce de réinscrire leur succès dans un véritable courant historiographique, celui du « roman national », décrit comme ayant le vent en poupe en dehors des milieux universitaires. Le roman national est un discours étroitement articulé à la légitimation d’un projet politique par la revendication de continuités desquelles se dégageraient l’essence d’une France éternelle, et de nécessités historiques entre une France du passé et la France de demain. Ce roman national a donc pour conséquence de dépolitiser des propositions politiques pour l’avenir, légitimant des projets par la simple « tradition » dans laquelle ils pourraient s’inscrire. Ce type de récit est notamment promu par la droite la plus dure, comme en témoigne l’étroite collaboration que Lorànt Deutsch entretient avec Patrick Buisson, conseiller historique de Nicolas Sarkozy et directeur de la chaîne Histoire, avec lequel il a réalisé Paris Céline (2012), documentaire dont le but est de présenter Céline, figure marquée par l’antisémitisme et la collaboration, comme un simple artiste frivole, excentrique et provocateur. Les soutiens de l’acteur confirment également cette tendance politique, puisque son livre a reçu l’appui de plusieurs groupes d’extrême droite. Deutsch et Buisson ne sont pas des cas isolés : Dimitri Casali, Jean Sévilla, voire Éric Zemmour produisent le même type de récit. Sans constituer un lobby homogène et cohérent, tous reprennent comme références historiques et méthodologiques des historiens ou vulgarisateurs tels Sacha Guitry ou encore Jacques Bainville, historien et journaliste à l’Action française (récemment réédité) qui inspire aujourd’hui explicitement Mélancolie française. Comme cette « vieille garde », la « nouvelle garde » se pare des attributs de la subversion : atypiques, les « historiens de garde » pourfendent l’histoire « officielle ». Plus que l’histoire des universitaires, l’épithète « officiel » désigne l’histoire scolaire, dénoncée lorsqu’elle propose d’étudier des aires géographiques longtemps écartées (l’Afrique, en classe de cinquième) ou d’expliquer des pans de l’histoire jadis à la marge des programmes, comme l’islam ou l’esclavage.
Politiquement incorrects, les « historiens de garde » seraient ostracisés de l’espace public. Pour déconstruire ce discours, les auteurs s’inspirent d’analystes et de militants critiques des médias. Des « chiens de garde », philosophes critiqués par Paul Nizan dans les années 1950 pour leur façon de maquiller les pensées les plus conservatrices sous couvert de non-conformisme, et des « nouveaux chiens de garde », éditorialistes mal documentés dont le principal combat est la défense de l’ordre établi, les « historiens de garde » retiennent un rapport aux médias qui est l’une des clefs de leur succès. Au-delà de la rhétorique de la subversion, ils peuvent s’adapter au rythme des médias, bien plus rapide que celui de la recherche scientifique. Aussi le pétillant « Titi » Lorànt Deutsch attire-t-il davantage les feux des projecteurs que les besogneux chercheurs et les ennuyeux enseignants.
Déplorant amèrement le succès du « roman national » conservateur, les auteurs ont la pertinence de ne pas en appeler à l’écriture d’un roman national « de gauche ». Ils ne s’inscrivent donc pas dans la tradition « républicaine » ou « jacobine » de l’écriture de l’histoire, promue par Ernest Lavisse au début du XXe siècle et reprise plus récemment par Jean-Pierre Chevènement ou Jean-Luc Mélenchon. Face aux manipulations historiques, les auteurs réaffirment la nécessité d’une histoire critique qui, sans disqualifier d’emblée les historiens engagés, pose comme indispensables l’examen critique des sources et le dialogue avec les savoirs déjà constitués.
La postface inédite insiste sur le fait que le succès du roman national est également dû à l’attentisme d’universitaires qui, pour beaucoup, ne s’adressent qu’à leurs seuls pairs, abandonnant ainsi le terrain de la popularisation des savoirs historiques. Selon les auteurs du livre, ceci trouve sa cause dans la formation des historiens eux-mêmes (grandes écoles et universités prestigieuses), laquelle valorise un idéal méritocratique républicain « qui relève du conte tout autant que Lavisse » (p. 197). La prégnance de cette mythologie accorde ainsi une place démesurée au classement à l’agrégation (qui n’attribue aucune importance à la vulgarisation, ni même à la pédagogie), dont les auteurs demandent la suppression. En plus de cet écueil méritocratique, ils critiquent une certaine idée de la vulgarisation qui tend à la confondre avec une marchandisation. En effet, les universités commencent à récompenser les initiatives de diffusion des savoirs au-delà du cercle des pairs, à condition qu’elles se traduisent par une « valorisation », autrement dit une commercialisation des découvertes. Entre manipulation politique, élitisme et marchandisation, la popularisation des savoirs historiques est donc ardue mais possible ; en témoigne la réédition augmentée de cet essai vigoureux, implacable et accessible aux amateurs d’histoire.

Vincent Bollenot

Le Roi Arthur sur BibliObs

jeudi 5 janvier 2017 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Le Roi Arthur sur BibliObs.
Propos recueillis par Baptiste Legrand, janvier 2017.

BibliObs. Ce qui étonne à la lecture de votre livre, c’est la quantité incroyable de références au mythe du roi Arthur, et à toutes les époques.

William Blanc. J’ai été le premier surpris, c’est gigantesque ! Le mythe arthurien a été sans cesse repris, réinventé. La légende du roi Arthur est une superposition de nombreux textes qui se sont entremêlés au fil des âges. La première allusion certaine à Arthur date du IXe siècle, dans le texte du moine gallois Nennius. Merlin, la Table ronde, le Graal et Lancelot apparaissent progressivement jusqu’au XIIe siècle. Et ces éléments évoluent avec le temps.
Car le mythe arthurien est sans cesse en chantier. On trouve au XVe siècle des versions écossaises dans lesquelles Arthur fait figure de méchant. Pourquoi ? Parce que dans le mythe, Arthur se confronte au clan des Orcaniens : Arthur est donc à leurs yeux un usurpateur. On retrouve aussi une version en hébreu au XIIIe siècle, une version en yiddish au XVe –les références au christianisme y sont gommées.
Le mythe arthurien réapparaît dans l’Angleterre du XIXe siècle et se diffuse surtout aux États-Unis, à partir de l’après-guerre, à travers les médias de masse – cinéma, télévision, bande dessinée, musique, jeux… Il est présent chez les X-Men comme dans la musique métal. Et les Américains n’hésitent pas à assimiler certains hommes politiques, à commencer par le président John F. Kennedy, au souverain légendaire.
Puis, c’est la diffusion de la culture populaire américaine qui fait qu’on retrouve Arthur aussi bien au Japon qu’en France, avec notamment la série Kaamelott d’Alexandre Astier.

Comment le mythe du roi Arthur réapparaît-il en Angleterre ?
L’aristocratie du XIXe siècle est fascinée par le Moyen-Âge. C’est une époque où des nobles anglais se font construire des châteaux néo-médiévaux. Le romantisme succède au classicisme qui, lui, s’inspirait de l’Antiquité. Et dans ce contexte médiévaliste, on redécouvre Le Morte Darthur, de Thomas Malory. Ce texte du XVe siècle devient le texte canonique du mythe d’Arthur au Royaume-Uni.
Dans ce XIXe siècle où l’Occident s’est pensé par opposition avec l’Orient – le courant orientaliste apparaît en même temps que le courant médiévaliste – être un chevalier fait complètement sens. L’exemple très parlant, c’est Lawrence d’Arabie.

Lawrence d’Arabie ? Quel rapport entre les sables du désert et le roi Arthur ?
Une partie des officiers coloniaux britanniques se considéraient comme des chevaliers qui partaient évangéliser le monde. Quand Lawrence part en mission auprès de tribus bédouines du Proche-Orient, en 1916, il emporte seulement trois livres, dont un exemplaire du Morte Darthur de Malory. À cette époque, le mythe représente Arthur et ses chevaliers comme des passeurs qui entraînent leur nation de la barbarie – le Moyen-Âge – à la civilisation. Alors qu’au même moment, l’Occident prétend faire pareil avec des populations extra-européennes.

Vous avez mentionné le président Kennedy. Lui aussi est influencé par le mythe ?
Kennedy ne fait pas lui-même référence au roi Arthur. Mais en 1963, une semaine après son assassinat, sa veuve fait une comparaison explicite. « Il y aura de nouveau de grands présidents. Mais il n’y aura pas d’autre Camelot », dit-elle. Elle déclare que les trois années de sa présidence ont été « un bref instant de lumière », en référence à la comédie musicale Camelot qui a triomphé à Broadway trois ans plus tôt. Et on retrouve sans cesse des références à Arthur dans les discours de son frère Robert Kennedy, ainsi que dans de nombreuses biographies populaires consacrées aux « années JFK ».
Les parallèles entre le règne d’Arthur comme il est décrit dans Camelot et les idéaux du président assassiné sont nombreux. La comédie musicale de 1960, puis l’adaptation en film par Disney en 1963, sont inspirées d’un roman du britannique T.H. White, qui a publié en 1938 The Sword in the Stone, « l’Épée dans la pierre ». Dans la version de T.H. White, Arthur est un roi à la fois démocrate et pacifiste. C’est aussi un roi pédagogue, sa Table ronde est un lieu de formation civique ouvert à des personnes de toutes les conditions - ce qui n’est pas le cas dans les textes du Moyen-Âge.
C’est aussi l’époque des X-Men…
Les comics sont pensés comme une métaphore de la lutte pour les droits civiques, avec les mutants dans le rôle des Noirs. Les références au mythe arthurien y sont très claires. Le professeur Xavier est une sorte de Merlin.

C’est à partir des États-Unis que le mythe du roi Arthur se propage à travers le monde. Un exemple de mondialisation culturelle ?
Complètement. La culture américaine se diffuse à travers le monde, et c’est ainsi que le mythe arthurien arrive au Japon. Dans les mangas, bien sûr, mais aussi avec le film Avalon de Mamoru Oshii, qui place le mythe arthurien dans un univers cyberpunk. Les auteurs japonais inventent de nouveaux personnages qui s’insèrent dans le mythe. C’est là un processus normal : on transforme le mythe pour qu’il s’adapte à son public.

La force du mythe arthurien, c’est donc que chacun peut y prendre ce qu’il veut…
Oui, et il ne faut pas opposer un mythe arthurien originel et les adaptations d’aujourd’hui. Dès le Moyen-Âge, chacun présente sa version. Au début du XIIe siècle, on invente une rhétorique propre à exalter le christianisme au sein de l’aristocratie. On devient chevalier du roi Arthur en devenant un bon chrétien. C’est à cette époque que Chrétien de Troyes apporte le personnage de Perceval et le Graal lui-même. On passe du chevalier violent au chevalier courtois, puis au chevalier chrétien, préoccupé par son salut, et qui doit donc mener les bonnes guerres contre les Sarrasins. On canalise la violence pour la rendre acceptable dans la société chrétienne.

Le personnage de Merlin connaît une évolution frappante…
Au Moyen Âge, Merlin est un personnage qui pose problème car il est magicien. C’est une référence au paganisme. Au XIIIe siècle, Robert de Boron présente Merlin comme le fils du diable… et d’une vierge. Il est presque l’antéchrist, mais le salut est possible.
Dans l’Amérique des années 1950, Merlin est complètement absent. Nous sommes en plein maccarthysme, l’époque est à l’opposition manichéenne entre monde communiste et monde libre, il n’y a pas de place pour un personnage aussi trouble, aussi ambivalent que lui.
Dans les années 1960, en réaction, apparaît un Merlin néo-païen. La génération hippie découvre une « vérité » d’avant la société patriarcale : le monde des celtes. Pour résumer, le monde moderne, c’est la société capitaliste, c’est la pollution ; le monde prémoderne, ce sont les Celtes, c’est la magie, c’est Merlin. On retrouve ensuite Merlin et la figure du magicien dans la musique, notamment avec Led Zeppelin, qui va financer en partie le film des Monty Python Sacré Graal.

Comment le mythe arthurien se popularise-t-il en France ?
Il arrive par la culture populaire américaine, par la deuxième vague de médiévalisme durant les années 1960. C’est une réaction au monde moderne et à la disparition de la paysannerie du monde occidental. Montaillou, village occitan de 1294 à 1324, paraît en 1975 en plein Larzac, et ce n’est pas un hasard. Il y a bien sûr les films Lancelot du lac de Robert Bresson (1974) et Perceval le Gallois d’Éric Rohmer (1978), mais ces films font à peine 100 000 entrées chacun, c’est beaucoup moins que les millions de spectateurs de Monty Python : Sacré Graal ! (1975) et Excalibur de John Boorman (1981).
Arthur arrive aussi par la BD – Chevalier Ardent est une copie de Prince Vaillant – mais aussi par la fantasy, avec Marion Zimmer Bradley et son Cycle d’Avalon, qui valorise le rôle de la fée Morgane. Si bien que le mythe arthurien a fait son retour en force dans les années 1980. En 1991, Alan Stivell sort l’album The Mists of Avalon, une référence évidente au livre de Marion Zimmer Bradley.

Et puis arrive la série d’Alexandre Astier, Kaamelott…
C’est certainement la plus importante œuvre arthurienne francophone des deux derniers siècles, par son ampleur – 30 à 35 heures de programme – mais aussi par l’envergure du propos, qui réussit à mélanger diverses thématiques. Au premier degré, c’est de l’humour, mais on trouve derrière une réflexion très sérieuse. Alexandre Astier reprend le roi Arthur de T.H. White – le roi pédagogue – et il ajoute une réflexion sur le mythe lui-même.

Vous semblez admiratif ?
Alexandre Astier met son Arthur dans une position de doute. C’est un roi qui a des maîtresses, qui n’est pas à la hauteur de son mythe et qui est préoccupé par l’exemple qu’il laissera à la postérité. Dans la série, le Graal n’est pas tant un objet physique que la construction d’une légende digne de servir aux générations suivantes. Le mythe, c’est l’image que l’on a de soi.
Alexandre Astier montre que le mythe a une vertu pédagogique, et l’on comprend ainsi pourquoi différents auteurs ont créé leurs versions au cours des siècles. Cela nous rapproche d’eux. Le travail historique permet de situer le contexte et de comprendre pourquoi ces auteurs ont tour à tour modifié le mythe arthurien. Chaque génération invente son Arthur.

Benjamin Péret, dans Le Combat syndicaliste

jeudi 5 janvier 2017 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Paru dans Le Combat syndicaliste de décembre 2016.

Péret, poète c’est-à-dire révolutionnaire

Il est réputé pour son sens de l’insulte aux curetons de ras de trottoir. Un art de vivre guilleret immortalisé par une photo publiée par La Revue surréaliste en 1927, et légendée « Notre collaborateur Benjamin Péret insultant un prêtre ». Ce bouffeur de ratichon finira avec « Je ne mange pas de ce pain-là » en épitaphe sur une tombe au cimetière des Batignolles, où ce poète révolté permanent s’est voué aux vers pour la dernière fois.
Ce type est un salaud littéraire magnifique, un cracheur dans la soupe, bon d’accord elle était un brin stalinienne et nationaliste, la poésie de la Résistance. Mais Éluard et Aragon étaient des anciennes relations et paraît que ça ne se fait pas de leur vomir sur l’auréole juste après la guerre en publiant Le Déshonneur des poètes, pamphlet riposte à un recueil dit L’honneur des poètes magnifiant la poésie de bas maquis et toute vouée à l’idéal national. « Pas un de ces “poèmes” ne dépasse le niveau lyrique de la publicité pharmaceutique et ce n’est pas un hasard si leurs auteurs ont cru devoir, en leur immense majorité, revenir à la rime et à l’alexandrin classiques », écrit alors Péret dont la ligne est de vomir toute oppression, tricolore ou pas, de l’exploitation de l’homme par l’homme à la soumission de la création à un quelconque dogme religieux ou politique.
Ce bouquin de Barthélémy Schwartz éclaire l’itinéraire d’un homme intransigeant que la poésie n’a pas enfermé dans le monde des imaginaires et des lettres.
Anticolonialiste, il se laisse guider par un genre d’intuition poétique, qui lui fait apprécier aussi, en bon surréaliste, le sens du merveilleux des Indiens d’Amérique latine, dont les cosmogonies, mythes et légendes le passionnent. Péret n’est peut-être pas tout à fait libertaire, antiautoritaire sans doute, plutôt antistalinien, enclin à suivre le trotskisme, ce qui le mène au POUM quand il rejoint les Brigades internationales en Espagne en août 1936. La persécution des militants du POUM par les communistes le mène à s’engager dans la Colonne Durruti. Poète et révolutionnaire, ou comme le dit le titre d’un docu de Rémy Ricordeau qui lui est consacré, « poète c’est-à-dire révolutionnaire », Péret a toujours mené les deux de front. Sans mélanger, même si au détour de poèmes parfois rageurs et ravageurs, on se délecte à écouter « les bruits de plaques d’égouts sautant sur la gueule des flics », quand « le vieux chien puait l’officier crevé » ou que surgit Adolphe Thiers : « Ventre de merde pieds de cochon, tête vénéneuse. C’est moi Monsieur Thiers. J’ai libéré le territoire, planté des oignons à Versailles et peigné Paris à coups de mitrailleuse. »
Entre les flics et les assommés, il choisit d’être du camp des bosses et de la rage, en clamant que « les passages avaleront les flics qui reviendront chez eux plus sales que des ministres, plus fatigués que des lampions, en un mot, prêts à donner des forces aux malheureuses petites pensées qui gémissent dans les baignoires, oubliés comme un centime. »
Ces quelques éclats de la poésie de Péret servis tièdes, tronçonnés, sont là juste pour donner envie d’aller lire le reste, qui pète à la gueule avec une jovialité désarmante.

Nicolas, Interco Nantes

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