Le blog des éditions Libertalia

Rino Della Negra dans L’Humanité

vendredi 28 janvier 2022 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans L’Humanité du 28 janvier 2022.

Rino Della Negra, un ailier très résistant

Cet ouvrage, réalisé avec l’aide de la famille et des supporters d’aujourd’hui, est, au sens propre et élevé, un livre populaire et savant. Populaire, car il raconte l’histoire d’un jeune ouvrier installé dans la région parisienne après que ses parents ont dû quitter l’Italie fasciste. Il évoque un jeune athlète exceptionnel par ses performances physiques, sa vitesse et son agilité qui fut, de 1940 à 1943, l’un des footballeurs vedettes du Red Star, club emblématique du Nord parisien, basé à Saint-Ouen. Rino Della Negra intègre l’équipe audonienne alors même qu’il participe à la lutte armée contre les troupes allemandes nazies d’occupation et leurs collaborateurs fascistes français. Réfractaire au Service du travail obligatoire, il mènera une courte mais extraordinaire vie partagée entre le sport de haut niveau comme vedette montante du football et la lutte armée dans les rangs des Francs-tireurs et partisans, et en particulier de la section très active de la Main-d’œuvre immigrée du PCF. À 20 ans, il est fusillé au Mont-Valérien après avoir revendiqué fièrement ses actions antinazies.
C’est aussi un livre savant car les auteurs, spécialistes de l’histoire politique et sociale de la France et du mouvement ouvrier, mettent à la disposition du lecteur une grande érudition bibliographique et une connaissance approfondie mais jamais pesante des archives françaises et allemandes, ce qui fait de cet ouvrage bien plus qu’une simple biographie.

Serge Wolikow

Commencer à vivre humainement dans L’Obs

vendredi 28 janvier 2022 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans L’Obs, le 27 janvier 2022.

Les mésanges de Luxemburg

On sait ce que la postérité, qui dessine à grands traits, retient de Rosa Luxemburg (1871-1919) : le communisme précoce et l’Internationale, le livre sur « l’accumulation du capital » et la rupture d’avec le Parti socialiste allemand, ce SPD dont elle aura plus d’une fois pointé la « mesquinerie » avant que « de vieilles autorités » n’aillent voter les crédits pour la guerre. L’Histoire retient aussi sa mort, à 47 ans, d’une balle dans la tête, aux côtés de Karl Liebknecht, ami et cofondateur avec elle de la Ligue spartakiste, contre la guerre en cours : tous deux furent assassinés le 15 janvier 1919 par les corps francs lors d’une journée de répression sanglante à Berlin. Dans l’intervalle, Rosa Luxemburg aura payé, d’une peine de deux ans de réclusion (une « mise en congé de l’histoire », disait-elle) son audience internationale – on ne va pas impunément à Paris « voler dans les plumes de Jaurès et Millerand ». La postérité pose là son crayon. Et c’est grâce à ses lettres que le portrait s’affine, révélant la profondeur d’un esprit contemplatif qui puise sa force dans le travail de la pensée et l’action révolutionnaire et, plus inattendu, dans un lien puissant avec la nature et les animaux.
Entre les murs de la geôle berlinoise où elle veut se tenir comme Goethe « au-dessus des choses » (« Le désastre général est beaucoup trop grand pour qu’on se lamente à son sujet »), ce panthéisme tranquille est un recours, et le chant du coq, dans la cour, un enchantement. Tout porte à la désolation (« Où que l’on tende la main on ne trouve que des branches pourries ») mais l’épistolière sensible fait aussi entendre à ses correspondantes les mésanges charbonnières qui font ce « tsvi tsvi » qu’elle imite si bien pour les faire venir, surtout l’une, son « amie » qui l’accompagne pour la promenade quotidienne, sautillant sur la neige. L’aube la trouve absorbée par l’écriture d’« Anticritique » (dans L’Accumulation du capital) mais pas tout entière. Il y a dehors, sur une branche et dans un froid glacial, cette coccinelle rouge avec deux points noirs. Rosa Luxemburg a confectionné pour elle un minuscule abri de coton qui la garde en vie depuis une semaine.

Anne Crignon

Commencer à vivre humainement sur le site Toute la culture

vendredi 28 janvier 2022 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié sur le site « Toute la culture », le 22 janvier 2022.

Commencer à vivre humainement :
Rosa Luxemburg épistolière

Les éditions Libertalia publient ce mois-ci un recueil de lettres de Rosa Luxemburg. L’occasion de revenir sur le parcours de la révolutionnaire allemande, assassinée par des Corps francs en 1919.

Des lettres choisies

Rosa Luxemburg était une épistolière infatigable. Ses nombreux séjours en prison, notamment, l’ont de fait contrainte à écrire abondamment à ses amis. Aussi le petit livre de Libertalia ne retranscrit-il qu’une part infime de ses lettres, pour la plupart publiées initialement en deux volumes chez Maspero, Vive la lutte ! Correspondance 1891-1914 et J’étais, je suis, je serai ! Correspondance 1914-1919.
Ce qui frappe néanmoins, c’est, malgré la pluralité des traducteurs, l’unité de ton et de style du recueil. Un style léger et sobre, un ton résolument optimiste et enthousiaste, malgré les emprisonnements réguliers.

Une travailleuse acharnée

Rosa Luxemburg y apparaît tout d’abord comme une travailleuse acharnée, curieuse de tout ce qui l’entoure. Elle se passionne ainsi en prison pour l’ornithologie, imitant avec plaisir le chant des mésanges charbonnières. La botanique, la géologie… Tout ce qui a trait à la nature l’intéresse.
Mais, ce qui est au centre de ses préoccupations, bien entendu, c’est la politique. Polyglotte de longue date, la militante socialiste met un point d’honneur à apprendre la langue de tous les pays où des soulèvements se font sentir, afin de pouvoir lire la presse de première main. Ce souci des sources va de pair avec celui de l’exactitude : il est pour elle hors de question de s’en tenir, dans ses analyses, à des pétitions de principe ; elle nous propose au contraire des études fines et complexes des événements en cours.

Le témoignage fin d’une époque

Ce choix de la franchise et de la complexité font de ces lettres un témoignage précieux d’une époque qui s’étend de 1895 à 1918. Le nomadisme de Rosa Luxemburg – elle a séjourné en Allemagne, en Suisse, en France, en Pologne ou en Russie… – permet d’embrasser les différents mouvements politiques européens. Les situations russe et polonaise de l’après-révolution de 1905, par exemple, font l’objet d’un beau compte-rendu, illustré d’exemples précis.
Sa finesse apparaît aussi dans ses analyses du mouvement ouvrier allemand ou de la révolution russe de 1917. Après un mouvement d’enthousiasme pour cette dernière, elle appelle très tôt à poser un regard sans concession sur ses dérives autoritaires, martelant que « la liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement », ainsi que le rappelle la notice biographique qui précède le recueil proprement dit.

Une amoureuse des arts et de la littérature

Outre la politique et les sciences naturelles, Rosa Luxemburg apprécie les arts et les lettres. Aussi la découvre-t-on dévorant Börne – un auteur du mouvement Jeune Allemagne un peu oublié en France –, mais aussi Goethe. Amatrice d’opéra, on la voit déplorer un mauvais Don Juan, mais goûter le talent de Gounod. Aussi le témoignage des vingt-cinq années embrassées par ces lettres débordent-elles la seule politique.
 
Ce petit livre vaut autant par ses lettres que par la notice bibliographique qui les précède, établie par Julien Chuzeville.

Julia Wahl

Hicham Mansouri dans L’instant M sur France inter

vendredi 21 janvier 2022 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Hicham Mansouri était l’invité de l’émission L’instant M du 21 janvier 2022 sur France Inter, pour son livre Au cœur d’une prison marocaine.

« En 2015, Hicham Mansouri, journaliste d’investigation marocain, est condamné à dix mois de prison alors qu’il enquêtait sur la surveillance électronique au Maroc. Il décrit aujourd’hui les conditions de son incarcération dans Au cœur d’une prison marocaine chez Libertalia. »

Au cœur d’une prison marocaine dans L’Humanité

vendredi 21 janvier 2022 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans L’Humanité du 21 janvier 2022.

Arbitraire et trafics dans les geôles du roi

Il est l’une de ces voix critiques que le régime marocain cherche à tout prix à étouffer. Aujourd’hui exilé en France, membre du comité de rédaction de la revue Orient XXI, Hicham Mansouri est, avec l’historien Maati Monjib, l’un des fondateurs de l’Association marocaine pour le journalisme d’investigation. Ce qui lui a valu, au terme d’un procès truqué pour « complicité d’adultère », une peine de dix mois de prison ferme. De ce séjour dans la prison surpeuplé de Salé 1 (Zaki), à Rabat, il a gardé des carnets, récit quotidien de cette plongée en enfer. Observateur attentif, il y a noué des liens de confiance avec ses détenus comme avec les geôliers. Il en a tiré une enquête édifiante : une cartographie des trafics (drogue, téléphones mobiles) d’un business en milieu carcéral qui étend ses tentacules bien au-delà des prisons avec la complicité des appareils judiciaire, pénitentiaire et policier. Frappante manifestation du système de corruption sur lequel prospère le makhzen, l’appareil monarchique.

R. M.