Le blog des éditions Libertalia

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La Kalash de Barbe-Noire

lundi 8 décembre 2008 :: Permalien

Dans Le Monde daté du 6 décembre 2008, Gérard Davet, envoyé spécial dans le golfe d’Aden livre un long papier sur la flibuste contemporaine. Il est intéressant de noter les similitudes entre les pirates somaliens d’aujourd’hui et ceux de l’âge d’or de la piraterie atlantique, les fameux Bartholomew Roberts, Mary Read ou Barbe-Noire.

Le capitaine d’une frégate, en charge de la protection des intérêts des marchands, regrette que les pirates d’aujourd’hui n’aient pas de pavillon noir et qu’ils soient difficiles à identifier. Mais sait-il, ce capitaine militaire, que ses pairs du XVIIIe siècle redoutaient les forbans des mers car ils avançaient masqués, parés des drapeaux des puissances coloniales britannique et française ? Une tactique de guérilla avant l’heure, en somme…

Un peu plus loin, le journaliste constate : « Les sommes extorquées font l’objet d’une répartition bien définie : 30 % pour l’investisseur, 50 % pour les pirates, le reste pour les acteurs secondaires, 5 % de la somme étant provisionnée pour les familles des marins disparus en mer. L’organisation est tellement huilée que les pirates disposent de téléphones par satellite, et même de machines automatiques à rayons ultraviolets pour contrôler la qualité des billets provenant des rançons. »

Avouons-le tout de suite, Edward Teach (alias Barbe-Noire) ne possédait certainement pas de téléphone satellitaire, mais avec ses compagnons, il a inventé la sécurité sociale et la redistribution égalitaire des richesses. Sur les bateaux pirates, une part était toujours réservée aux « frères » blessés au combat. Le montant alloué dépendait de la gravité de la blessure : on recevait une forte somme pour un bras ou une jambe, un peu moins pour un œil. Les salaires étaient distribués de façon égalitaire, le capitaine et le quartier-maître, officiers élus par l’équipage selon le principe du mandat impératif (donc révocables à tout moment), recevaient une part et demie, parfois deux, jamais plus. Quand on confronte ces ratios avec ceux des salaires des dirigeants d’entreprise et de leurs employés, on reste assez admiratifs.

Pour finir, citons donc un récent rapport de l’ineffable DGSE : « La piraterie constitue l’activité économique la plus florissante du Puntland. Une lutte coordonnée contre ces actes de piraterie ne saurait être efficace, dans le long terme, sans un programme de développement économique suffisamment rentable pour détourner la population de cette activité.  »

Si l’on en croit nos services de sécurité extérieure, la piraterie aurait donc des origines sociales. Quelle lumineuse découverte ! Les pirates du XVIIIe siècle se sont fait forbans pour échapper à la misère et aux mauvais traitements qu’on leur réservait dans la Royal Navy et dans le service marchand. « Une vie courte et joyeuse », mais une vie de liberté, telle était leur devise.

La piraterie est sociale par essence. Les réponses à la piraterie doivent donc être sociales. C’est ce qu’entrevoit la DGSE. Mais il est plus simple de régler le problème en termes militaires, d’adopter la politique du « gros bâton » que de mettre fin aux injustices criantes d’un monde où le maître mot est « profit ».

Dans les années 1720, soucieux de ne plus perdre tant d’argent, les marchands anglais poussèrent le roi à exterminer les pirates afin de poursuivre sereinement les lucratives traites négrières. Les vaillants équipages des bandits des mers furent décimés et les corps en décomposition des forbans furent exposés le long des côtes afin de dispenser un message ferme : la terreur d’État surpassera toujours celle des petits.

Les pirates d’aujourd’hui vont chercher les richesses où elles se trouvent. Salut à ceux qui détroussent les milliardaires du golfe d’Aden ! Salut à toi, Barbe-Noire de 2008. Embrasse ton amour sans lâcher ton fusil !

N.N.

Création du blog des éditions Libertalia

dimanche 7 décembre 2008 :: Permalien

Récits de lecture, appels à manifester, coups de gueule ou coups de cœur, copinage éhonté, ce blog s’aventure dans la vraie vie des éditeurs.

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