Hors collection

Eric Fournier La cité du sang

À la fin du XIXe siècle, les abattoirs de La Villette, véritable bastion nationaliste, rassemblent une corporation de « tueurs » herculéens, qui fascinent les antisémites en quête d’une base populaire conforme à leur idée de la France. Le marquis de Morès, paladin-pégriot, puis Jules Guérin, agitateur vénal, transforment les plus violents des bouchers en troupes de choc nationalistes. Car l’affaire Dreyfus ne s’est pas seulement jouée dans la presse ou dans les tribunaux, mais aussi dans la rue, où les puissantes bandes antidreyfusardes entretiennent un climat d’agitation permanente. À ce jeu, ceux de la Villette fascinent ou effraient. Ils sont aussi tournés en ridicule par leurs plus dangereux adversaires, les anarchistes de Sébastien Faure. Avec ces vaniteux bouchers, spécialistes du sang et de l’esbroufe, nous pénétrons au cœur de l’agitation antisémite, dans sa réalité et ses coulisses, où l’ignoble côtoie le grotesque.

L’auteur

Agrégé et docteur en histoire, Éric Fournier est maître de conférences en histoire à Paris-I Sorbonne. Il a publié Paris en ruines aux éditions Imago (2008).

Revue de presse

- Le Monde diplomatique, juin 2008
Saviez-vous que les bouchers de La Villette servirent de troupes de choc aux nationalistes antisémites pendant l’affaire Dreyfus ? Car celle-ci se déroulait aussi bien dans les prétoires et les salles de rédaction que dans la rue. Là s’affrontaient les diverses factions antidreyfusardes, les anarchistes et les allemanistes, et les hommes du préfet Louis Lépine. La fascination des nationalistes pour la force physique, la symbolique du sang — mort et régénération —, la hiérarchie et le corporatisme régnant dans les abattoirs, d’une part ; la vantardise, le désir de se mettre en valeur, parfois l’intérêt pécuniaire des bouchers, de l’autre, permirent cette alliance.
Avec Éric Fournier, nous allons à la rencontre de personnages tels que ce marquis de Morès, « césar des abattoirs », de Jules Guérin, agitateur vénal, et d’événements proches de la farce (Fort Chabrol) ou plus inquiétants comme l’émeute du 20 août 1899, qui fit vaciller la République. « Mort aux vaches ! », criaient alors les bouchers en chargeant la police... Pascal Bedos

- CQFD, # 57, juin 2008
À la fin du XIXe siècle, l’esprit revanchard et nationaliste est à son comble. Dans ce contexte qui mènera à l’affaire Dreyfus, des agitateurs antisémites comme le marquis de Morès, aventurier sulfureux, ou Jules Guérin, chef de la Ligue antisémite française, cherchent une base populaire pour asseoir leur « mouvement ». Ils la trouveront à La Villette, les grands abattoirs de Paris, la « Cité du Sang », dont les bouchers les plus abrutis formeront une sorte de garde prétorienne. Dans ce microcosme clos s’est développée une culture particulière : le tutoiement est de rigueur entre ouvriers et patrons, les réseaux de solidarité très développés. Mais le paternalisme et la très forte hiérarchisation excluent l’action syndicale. Cette culture ouvrière authentique qui refuse toute lutte de classes correspond à l’organisation socioéconomique rêvée par la droite révolutionnaire. La fascination exercée par cette activité – entre tuerie et régénérescence – et l’allure imposante des bouchers font de cette corporation le fer de lance de l’agitation droitière. Mais ces matamores de La Villette sombrent parfois dans le grotesque. En face, la détermination de Sébastien Faure entraîne les libertaires dans la bataille. Ils empêcheront les bandes patriotardes de tenir la rue. Éric Fournier analyse avec rigueur la montée de cette agitation antisémite, décrite avec force anecdotes. Quatorze ans après les dernières émeutes, l’esprit revanchard est toujours là : la grande boucherie peut commencer. Sébastien Dubost

- e-Lettre hebdo Livres de Télérama.fr, du 5 mai 2008.
Il fallait des gros bras aux blouses tachées du sang des bêtes pour faire couler le sang des hommes et hurler « Mort aux Juifs ». En cette fin de XIXe siècle, bouleversée par l’affaire Dreyfus, toute une corporation va être enrôlée du côté nationaliste et antisémite. Les bouchers de La Villette vont s’illustrer en maniant le nerf de bœuf et en s’affrontant aux libertaires. Dans ce petit livre sacrément bien illustré par Gil, l’historien Éric Fournier dresse un portrait du quartier de l’abattoir de La Villette qui peut se vanter, avec ses cinquante hectares, d’être un des plus grands d’Europe. Et surtout, il suit ces bouchers antidreyfusards en analysant leurs motivations, leurs codes et la propagande dont ils sont à la fois les victimes et les relais. Un livre remarquablement documenté, qui se lit d’une traite. G.H.

Illustrations : Gil
280 pages - 13 euros
Parution : 15/03/08
ISBN 978-2-9528292-5-0

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