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Histoire désinvolte du surréalisme, dans Reflets/Wallonie-Bruxelles.

mercredi 12 novembre 2014 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Histoire désinvolte du surréalisme, Raoul Vaneigem - illustration de Bruno Bartkowiak

Article publié dans Reflets/Wallonie-Bruxelles (été 2014), le trimestriel de l’Association royale des écrivains et artistes de Wallonie.

« Je continue à penser qu’à la différence de l’hypocrite objectivité, exposer carte sur table de très contestables opinions autorise le lecteur à intervenir dans le jeu, en connaissance de cause. » Et voilà le ton lancé par l’auteur dès son avant-propos (« La distance du regard »), ce dont on ne peut que se féliciter !
Passionnante l’histoire du « mouvement » (qu’on nous pardonne ce terme réducteur, s’agissant plutôt d’une nébuleuse), telle que confrontée à l’histoire, mais à une histoire conçue comme une vaste toile de fond en mouvement où défilent les idéologies, les « églises » ou « chapelles », l’économie, l’évolution des mentalités, les arts, etc. « Changer la vie » et « Transformer le monde » : tels sont les titres de chapitres II et III au cours desquels le lecteur non averti, non déniaisé a-t-on envie d’écrire – mais qui ne le sera plus après cette décapante lecture –, imaginant un surréalisme monolithique en sera pour ses frais. Et l’on verra l’aventure des disciplines artistiques passer, à son déclin, par trois phases essentielles : une phase de liquidation (le Carré blanc de Malévitch, la pissotière baptisée « Fontaine » de Duchamp…), une phase d’autoparodie (Satie, Picabia, Duchamp), une phase de dépassement (la poésie vécue des moments révolutionnaires). Phases qui se succèdent sans rien à voir avec le schéma hégélien, mais se situant plutôt dans la dynamique nietzschéenne du « Jenseits ».
Pas d’histoire linéaire donc. C’est qu’on assiste avec intérêt aux convulsions du surréalisme : tentative qualifiée de réactionnaire d’avoir voulu rendre à l’art une vie qu’il n’avait plus, désespoir en l’histoire dans l’après-guerre, abandon de la globalité du projet révolutionnaire au bolchevisme, choix de la mystique de la vie et coup de barre vers la métaphysique que marquent dès 1942 les Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme ou non. Et Breton, dans les « Grands Transparents » de s’interroger : « Un mythe nouveau ? » Ainsi les surréalistes prennent-ils le parti du mythe.
« Et maintenant ? » : ce chapitre clôture magistralement le livre. L’auteur y souligne notamment que le surréalisme contenait dès le départ ses diverses récupérations « comme le bolchevisme contenait la “fatalité” de l’État stalinien ». Et c’est, à ce jour, en dehors du surréalisme qu’on a commencé à reprendre “le problème perdu et retrouvé, alternativement dans les remous du surréalisme” : celui de l’homme total et de sa réalisation dans le règne de la liberté. »
Voici, avec cette Histoire désinvolte, un livre de référence, un de ceux auxquels on revient.

Michel WESTRADE