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De l’indigénat. Anatomie d’un « monstre » juridique : le droit colonial en Algérie et dans l’Empire français

vendredi 3 septembre 2010 :: Permalien

De l’indigénat. Anatomie d’un « monstre » juridique : le droit colonial en Algérie et dans l’Empire français.
Olivier Le Cour-Grandmaison, éditions Zones, 196 pages, 16 euros.

C’est un livre dense et édifiant rédigé par l’un des spécialistes de la République impériale, mais c’est aussi plus que cela : De l’indigénat est un pavé jeté dans le marais historiographique d’aujourd’hui. Alors que Sarkozy et Guaino vantent les bienfaits de la France coloniale, relayés par les habituels thuriféraires (Max Gallo) et, dans une moindre mesure, par des historiens prestigieux (Pierre Nora), Olivier Le Cour-Grandmaison décortique les articles du code de l’indigénat en Algérie, édicté en 1875, qui servit de matrice au droit colonial de tout l’Empire. Où il apparaît que la Déclaration dite universelle des droits de l’homme n’avait cours que sur le seul territoire métropolitain. Le Cour-Grandmaison rappelle le travail forcé et les amendes, le numerus clausus, le racisme généralisé, le pouvoir sans limite des gouverneurs. Jusqu’en 1945, dans l’Empire français, c’est le « régime du bon tyran » qui règlemente le quotidien, en accord avec l’ensemble de la classe politique (certains passages rédigés dans Le Populaire (SFIO) en 1937 laissent pantois). En conclusion, l’auteur déconstruit un double mythe : non la France n’a pas apporté la « civilisation » : les jeunes indigènes étaient moins de 10 % à suivre une scolarité primaire (en Algérie, en 1935, seuls 65 000 enfants sur 950 000 sont scolarisés) et la médecine n’apporta le « progrès » que pour les Blancs : les indigènes mouraient six fois plus de tuberculose que les Européens d’Alger. Enfin, 17 000 indigènes sont morts pour construire les 140 premiers kilomètres de la voie ferrée Congo-Océan. Sacré bilan…

- On peut consulter ce livre librement sur le site des éditions Zones.